25e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Qui paie ses dettes s'enrichit et on ne prête qu'aux riches. L'argent ne fait pas le bonheur mais on ne peut pas vivre sans argent. Il faut mourir riche. Heureusement, il est avec le ciel quelques accommodements. Il est vrai que le temps c'est de l'argent et que comme l'a rappelé la première lecture de ce soir, l'argent n'a pas d'odeur. De toute façon, il faudra toujours faire contre mauvaise fortune bon coeur. Voici quelques lieux communs qui expliquent le thème de notre eucharistie de ce soir et qui ont été expliqués par Léon Bloy en 1901.

Dieu ou l'argent, semble nous dire l'Evangile, j'aurais certainement aimé un autre texte pour célébrer la reprise de la messe de 19 heures préparée par différentes équipes de jeunes. Mais Dieu nous attend souvent ailleurs que là où on l'espérait.

Mieux encore, Il nous surprend comme s'Il se laissait aller à quelques égarements moraux. Il félicite le gérant trompeur, il nous invite à faire des amis avec de l'argent trompeur. L'argent sale et blanchi pour parler en termes contemporains n'a pas l'air de Le déranger. Et malgré tout, Jésus nous annonce que nous ne pouvons servir à la fois Dieu et l'Argent. Il ne me restait plus qu'à faire une prière de demande pour que le Père m'envoie l'Esprit afin de tenter de comprendre cette si forte contradiction du texte. Mais finalement, il n'y a peut-être pas de contradiction comme telle, surtout si l'on lit ce texte à la lumière des données historiques qui permettent de comprendre les us et coutumes de l'époque. Et voici une clef possible. Le gérant est malhonnête c'est vrai mais contrairement à ce que l'on croit, il trompait non pas son Maître mais bien les débiteurs.

En effet, à cette époque, il paraissait normal pour tout le monde, que le gérant se paye sur le montant à devoir au Maître. Si le Maître prêtait disons pour un montant de cent francs, le gérant demandait au débiteur d'écrire 120 sur le reçu et de cette façon il s'enrichissait allègrement. En augmentant ainsi la dette, il mettait souvent le débiteur en difficulté de paiement. L'historien Josèphe raconte que lorsque Hérode Agrippa Ier, était au bord de la faillite, en 33-34 de notre ère, il emprunta de l'argent par l'entremise d'un agent d'une banque du Proche Orient. Il du écrire 20.000 drachmes sur son reçu alors qu'il reçut 2500 drachmes de moins.

Tout devient alors lumineux par rapport à notre texte de ce soir. Un jour un gérant reçoit son C4, pour éviter ce renvoi, la prudence et la sagesse s'imposent. Cette situation critique l'oblige à redevenir honnête, à ne pas profiter de la fragilité de personnes plus pauvres que lui et surtout à cesser de diviniser l'argent comme il l'avait fait jusqu'à présent. Zachée me revient alors en mémoire. L'argent ne pourra jamais être moteur de mon existence, il doit rester au niveau d'un moyen et non d'une valeur. Ma seule divinité est au plus profond de moi, là, où Dieu a trouvé sa place.

En effet, c'est dans notre nudité que nous entrons dans la vie éternelle. Sur terre, l'argent ouvrait les portes facilitait les relations. Arrivé là-haut, plus rien, pensent certains. Pourtant, il y aura l'argent qui a intéressé Dieu, celui que nous avons partagé avec amour, et même parfois donné assez follement. Les gens que nous avons aidé sont là pour le redire au Père, nous ne sommes pas nus mais merveilleusement habillés par notre générosité ; nous ne sommes pas sans relations, il y a tous ceux qui nous accueillent joyeusement. Les rabbins de l'époque avaient déjà saisi cela puisqu'ils disaient : "le riche aide le pauvre en ce monde, mais le pauvre aide le riche dans le monde à venir". Tout est question d'amour. Nous ne sommes pas des étrangers pour le Dieu d'amour, nous étions nous-mêmes amour en donnant.

Servir Dieu devient alors transformer l'argent en Amour. Nous sommes devant un choix difficile de banque : banque d'égoïsme ou banque d'amour. L'évangile nous invite à choisir cette dernière. Et le Père nous dit : Déposez votre Amour sur votre livret-épargne du Coeur Au nom de Jésus Christ Ressuscité je vous en donnerai au moins 100 fois plus. Amen.

25e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

Jésus parlait de l'argent. Il disait « l'argent trompeur » Pourtant, on ne peut vivre sans ! D'ailleurs, dans le groupe des douze, il y avait une bourse. Mais c'est vrai aussi qu'il y eut Judas, qui aimait l'argent et qui pour de l'argent a traghi son maître.

Je vois qu'aujourd'hui, l'argent prend toujours tant de place. Pour beaucoup, il n'est même plus un salaire, une récompense méritée. Dans le jeu des capitaux, on achète et on vend... on gagne sans travaiuller.

Et il y a encore l'argent qui rend puissant ; Pour en gagner plus , on fait le commerce des armes, L'argent écrase et tue.

Il y a aussi la compétition sociale économique : on doit licencier des travailleurs, du personnel, pour ne pas gagner moins.

Dans le monde, il y a les nations les plus riches et les autres, le tiers monde et le quart monde....

La roue de la fortune et la course au trésor. L'argent, toujours l'argent. Jésus avait ajouté : « Les fils de la lumière sont beaucoup moins habiles avec l'argent trompeur que les fils de ce monde » Et je me suis souvent demandé si notre Eglise elle-même n'était pas bien souvent prise aux pièges de l'argent. je l'ai vue dans le passé associée aux riches et aux puissants conquérants de l'Amérique. Je l'ai vue aussi mal à l'aise face à la classe ouvrière. Je la vois encore empêtrée dans les liens du pouvoir et hésitante parfois à soutenir ceux qui sont la voix des hommes sans voix. Je la vois dénonçant plus facilement la sexualité que l'argent. Et je me suis dit alors que l'Eglise et que moi aussi nous nous laissions tromper par cet argent trompeur. Jésus nous a encore dit : « Faites-vous des amis avec l'argent trompeur. »

Et je l'ai vu lui qui se rangeait parmi les pauvres de son temps et parmi les petits. Et j'ai vu aussi tous ceux-là qui marchaient sur ses pas. Je voyais tous ces couples, chrétiens ou non, qui avaient conservé le sens de l'équilibre et des priorités. Et je voyais aussi tous ceux qui luttaient pour la paix, pour l'emploi, pour l'accueil, pour plus de liberté et plus de justice. J'ai pensé que ceux-là sauvaient l'honneur de notre monde et de notre Eglise.

Ils n'étaient pas esclaves. Ils étaient des hommes libres. Eux, ils ne servaient qu'un seul maître, non pas l'argent, mais l'amour. Et l'amour lui ne trompe pas.

30e dimanche ordinaire, année C

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : C
Année: 1997-1998

La parabole de l'évangile met en opposition deux prières : celle du pharisien, qui se dit juste, et celle du publicain, qui s'avoue pécheur. Contrairement à ce que nous pourrions penser, c'est celle du publicain qui fut exaucée. Les pharisiens sont pourtant les héritiers de juifs courageux, qui ont animé l'héroïque résistance durant la persécution païenne au temps des Maccabées, deux siècles avant le Christ ! Au temps de Jésus, ils représentent sans conteste ce qu'Israël compte de plus pur et de plus noble et cette fidélité aux traditions des anciens leur vaut la faveur et l'estime de beaucoup.

Les publicains, au contraire, sont l'image de la déchéance morale et de l'impureté religieuse. Chargés de percevoir taxes et impôts, ils devaient verser d'avance au fisc une somme déterminée, qu'ils avaient ensuite à récupérer, augmentée bien sûr d'un intérêt personnel laissé à leur libre appréciation, en extorquant le plus possible le malheureux contribuable. Ces percepteurs étaient directement au service de l'occupant romain.

Les premiers chrétiens, juifs convertis pour la plupart, se sont montrés sévères à l'égard des pharisiens, les plus religieux de leurs compatriotes. Certes, Jésus les a traité d'hypocrites, mais à ses yeux le pharisaïsme n'est pas seulement l'hypocrisie, c'est aussi croire que Dieu nous doit quelque chose. Or Jésus nous révèle un Dieu tout autre, un Dieu qui ne veut pas compter, mais qui donne en abondance, qui se donne et pardonne en toute gratuité. Jésus reproche donc aux pharisiens leur sûreté, leur prétention à acquérir le salut à coup de bonnes ½uvres, comme si. Dieu serait obligé de le leur donner. Mais Dieu est celui qui donne le Salut gratuitement et ce Salut de Dieu se reçoit. Il ne peut jamais être exigé comme prix de vertus.

L'évangéliste termine la parabole par une sentence de Jésus : « Qui s'élève, sera abaissé ; qui s'abaisse, sera élevé » Ce n'est pas qu'un bon conseil. Mais cela évoque une révélation sur Dieu, celle qui est présnetée dans le « magnificat ». Dieu est celui qui abaisse les puissants, c'est-à-dire ceux qui trouvent leur soutien dans leurs seules richesses ; il élève les humbles, ceux qui attendent tout de lui.

Peut-être avons-nous à réformer quelque peu notre conception de la vie chrétienne ? Autrefois, nos éducateurs nous invitaient à accomplir les petits sacrifices, à multiplier nos bonnes actions, à chercher à gagner des indulgences, tout cela en vue de mériter le ciel ! L'histoire racontée ici par Jésus est en réalité une mise en garde contre un danger subtil qui guette sans cesse le croyant : croire que le salut s'obtient par ses propres forces. A la limite, on n'aurait plus besoin de Dieu. On pourrait même être tenté de croire que, selon la justice, le Seigneur est tenu de récompenser toutes les bonnes actions accomplies. Or la valeur du chrétien ne se mesure pas au nombre d'exercices de piété ou de bonnes ½uvres. Le disciple de Jésus n'est pas nécessairement celui qui en fait le plus. L'important, c'est la qualité intérieure commandant les actions. L'important aux yeux du Christ, c'est l'amour que chacun y met. Le croyant n'a donc pas à se glorifier de sa foi, ni ses ½uvres : cela lui vient d'ailleurs. Il doit simplement reconnaître les dons reçus de Dieu et l'en remercier.

Ainsi la parabole du pharisien et du publicain nous dit que le croyant n'est pas celui qui se fait « juste », mais plutôt qu'il est « justifié par Dieu ». Si la foi pousse le croyant à plus de générosité, c'est encore une grâce et non pas un mérite. Les bonnes actions ne nous donnent pas un ticket pour le ciel. Le Salut est toujours accordé gratuitement et librement par Dieu. Cette attitude d'humble réception des dons divins n'est pas seulement un comportement individuel, elle est aussi affaire de communauté, qui concerne l'ensemble des croyants : l'Eglise. Et pour vous le montrer, je traduirais volontiers la parabole en termes plus actuelactuels : Dans l'église du village, il y avait deux hommes en prière. L'un était tout en haut, près du ch½ur, sur une chaise de velours rembourrée comme autrefois. Revêtu de beaux vêtements, comme habillé de ses vertus. Un saint homme. Il représente ainsi une Eglise, qui entend occuper le devant de la scène, qui seule possède la vérité, qui ne peut se tromper et qui fait la leçon à tout le monde. Elle entend être écoutée, respectée et admirée. Ce qui est important pour l'Eglise c'est d'être reconnu et récompensé à sa juste valeur.

L'autre était au fond, près du bénitier. Tout gêné, il se faisait tout petit. On le savait pécheur. Il le savait aussi. Derrière lui, il y a la foule de ceux qui n'entrent même plus dans l'église du village, parce qu'on les a refoulés car ils n'étaient pas en règle avec la loi. Il y a la foule de tous ceux qui ont encore tant d'autres choses à se faire pardonner.

En regardant cet homme, à genoux dans l'ombre du Temple, cela me fait penser à un autre. Celui-là, je l'ai vu marcher dans une rue de Jérusalem. Il avançait, comme tout le monde, sans fierté, ni gloire. Ses vêtements étaient déchirés. Il traînait derrière lui une lourde croix. Sur cette route, il s'est cogné aux pavés, il a trébuché, il est tombé. Il n'est donc pas étonnant qu'à cause de cela, il s'est pris d'amour pour tous ceux qui, comme lui, ont aujourd'hui les pieds écorchés ou traînent la jambe !

Saint Pierre et Saint Paul

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Dans les couloirs du Vatican, on raconte l'histoire suivante : lors d'un déjeuner, où les supérieurs des grands ordres religieux avaient été invités, le pape Jean-Paul II posa la question suivante au père Arrupe, Général des Jésuites et par ailleurs, homme tout à fait remarquable : Père, que pensez-vous de l'Opus Dei ? Le père Arrupe ayant eu une bonne formation dans son Ordre répondit au saint Père en ces termes : j'ai entendu dire..., on dit que, certains pensent que... Le pape reprit sa question : Père, je ne vous ai pas demandé ce que les autres pensent de l'Oeuvre mais ce que vous en pensez ? A cette question, le père Arrupe répondit quelque chose. Mais, je vous le dirai à la fin de l'eucharistie pour garder un peu de suspens. C'est cependant à cette histoire précise que je pense lorsque je relis l'évangile de ce jour, comme si la question posée à Pierre, était également envisagée pour nous autre aujourd'hui. « Et vous, qui dites vous que je suis ? » Face à une telle question nous prenons conscience que notre connaissance de Jésus ne peut jamais être de seconde main. Un homme, une femme peut être capable de passer un examen sur ce qui a été dit et pensé à propos de Jésus ; il peut connaitre toutes les paroles du Christ ; il peut avoir lu les livres du monde entier écrit sur la personne de Jésus et ce, par les plus grands théologiens que la terre ait jamais connue et même dans toutes les langues, sans pour autant avoir la foi. En effet, croire ne peut pas simplement se résumer à la récitation d'un credo : ce serait trop facile, trop simple ; croire c'est avant tout connaître une personne. Ce n'est pas avoir une connaissance à propos d'un être humain, en l'occurence Jésus, non avoir la foi, c'est plutôt connaître le Christ. Tout part d'une rencontre personnelle. A cette question : « et vous, qui dites vous que je suis ? », le Christ n'attend pas de nous une réponse encyclopédique, rationnelle, bien structurée. Il espère tout simplement une réponse c'est-à-dire notre réponse.

Et je suis certain que si j'interrogeais chacun et chacune d'entre nous, nous aurions des réponses variées à cette question concernant Jésus. Et c'est tant mieux, cela signifie qu'aucun d'entre nous ne pourra jamais l'enfermer dans les catégories que nous lui donnons. J'aime alors à me rappeler cette image du mystique dominicain du 14ème siècle, Maître Eckart : Dieu, écrit-il, se rencontre dans son vestiaire, c'est-à-dire lorsque nous l'avons dépouillé de tous les qualificatifs dont nous l'affublons et qui l'emprisonne. Dieu, qu'il soit Père ou Fils, ne se laisse pas saisir, maîtriser. Il se laisse rencontrer. Là est toute la différence. C'est cette rencontre intime, personnelle qui nous conduit à avoir des approches différentes de Jésus. Or la vie nous montre que toute rencontre évolue, se transforme au fil des années.

Dès lors, à la question « Et vous qui dites vous que je suis ? » : je puis répondre ceci aujourd'hui. Jésus est homme et Dieu. Tellement homme qu'il est Dieu. Toutes et tous nous avons été créés « capables de Dieu ». Notre destinée, notre objectif, en tant qu'être humain est quelque part pour nous aussi de « devenir Dieu ». Sur notre chemin d'humanité, au coeur de notre solitude, le Christ s'offre à nous dans la rencontre interpersonnelle. Il nous guide, nous propose des voies possibles pour grandir. Il nous invite à nous dépasser constamment, sans jamais nous demander d'aller au-delà de nos propres forces. Il accepte nos errances et sans jamais nous condamner, nous convie à reprendre notre chemin d'humanité. Jésus, se découvre et se révèle donc bien dans une rencontre personnelle. Même si nous passons par des temps de déserts et de doute, il me semble prêt à reprendre le dialogue chaque fois que nous le souhaitons. En étant tellement homme, il nous montre la possibilité de devenir tellement Dieu. Il est le Fils du Dieu vivant.

Le Jésus dont j'avais envie de vous parler ce soir (matin) est un Christ empreint d'humanité. Il est celui que je rencontre aujourd'hui sur mon propre chemin. Cependant, je reconnais qu'il est peut-être loin du vôtre. Alors il ne vous reste qu'à répondre vous-mêmes à cette question de Jésus : « Et vous, qui dites vous que je suis ? ».

Amen.

26e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Permettez moi de commencer cette homélie ce matin (soir) par une petite fable inspirée de l'Orient. Et comme toutes les belles histoires, celle-ci aussi commence par un « il était une fois ». Il était une fois un homme qui possédait un superbe anneau. Quiconque portait ce bijou devenait tellement doux et vrai que tout le monde l'aimait. L'anneau était signe d'une foi intérieure profonde qui s'exprimait avec tant de bonté. Durant des siècles, il passa de générations en générations sans jamais faiblir de douceur, de vérité et de foi. Jusqu'au jour où un homme eut trois fils. Il ne savait à qui transmettre l'anneau puisqu'il aimait chacun d'eux d'un amour égal. Ce père fit donc faire deux copies à ce point identiques qu'il était impossible de reconnaître le vrai. Sur son lit de mort, il remit un anneau à chacun, leur dit quelques mots d'amour. Lorsque les trois enfants découvrirent qu'ils en avaient chacun un, ils se disputèrent violemment pour savoir quel était celui qui était le détenteur du vrai bijou. Ne pouvant se mettre d'accord, ils s'en remirent à la sagesse d'un juge. Celui-ci examina chacun des anneaux et leur dit, qu'il était dans l'impossibilité de dire lequel était l'anneau magique mais l'un d'entre vous pourra le prouver, conclut-il, car l'anneau véritable donne douceur, vérité et foi à celui qui le porte et tous les habitants du village reconnaîtront le porteur de l'anneau véritable par son comportement de bonté. Allez alors par vos chemins, soyez bon, vrai, ayez la foi. Celui qui sera capable de vivre cela sera le porteur de l'anneau magique. Morale de l'histoire, ce sont nos attitudes découlant de notre fond intérieur qui donnent sens à notre vie, vie à laquelle Jésus nous invite.

Aujourd'hui par les lectures entendues, chacune et chacun nous sommes conviés à devenir prophètes, témoins. C'est vrai, il y a celles et ceux qui ont été institués par les autres, reconnus comme tel soit par leur fonction ou leur aura. Je pense entre autre à Mère Thérèsa. Et puis, il y a nous, avec nos balbutiements, nos craintes, nos pudeurs, nos peurs d'apparaître ridicules, pas ou peu compris. Alors un superbe chemin de fuite s'offre à nous, la foi c'est quelque chose de personnel, ça ne regarde que moi, c'est chacun pour soi. Cependant, notre regard ne change-t-il pas vis-à-vis de l'autre que nous connaissons peu lorsque nous découvrons dans une assemblée chrétienne, un membre de son unité guide ou scoute, des étudiants de son auditoires, un collègue de travail, des voisins. Cette découverte nous fait prendre conscience qu'au plus profond de nous-mêmes nous partageons la même foi. Quelque chose nous lie et nous dépasse. La foi n'est plus une option individuelle, une honte intérieure qu'il faut enfouir. Elle se révèle comme lieu de parole, de communication et non plus dans le pli d'un silence.

Oui, ce matin (ce soir) nous sommes toutes et tous conviés à être des prophètes. Et ce qui est merveilleux dans ce qui nous est proposé, c'est qu'il y a de multiples façons de pouvoir vivre sa prophétie. Eldad et Médad dans la première lecture prophétisent par la parole aux foules, (soir : dans la deuxième lecture par un témoignage d'amitié autour d'un verre attablé à une terrasse et) (matin : alors que) dans l'évangile le quelqu'un dont parle les disciples prophétise en chassant des esprits mauvais. Il y a donc diverses manières de prophétiser, l'une n'est pas meilleure que l'autre, à chacune et chacun de trouver la sienne. J'ai la conviction profonde que l'annonce de la foi peut se vivre dans des gestes de tendresse, un regard, un sourire, dans les mots d'une poésie, dans le langages des fleurs ou de la musique tout autant que dans le témoignage de notre croyance en Dieu. Cervantes faisait un jour remarquer que « nombreuses sont les routes par lesquelles Dieu conduit les siens au Ciel ». Aujourd'hui nous pouvons aussi proclamer que nombreuses sont les voies de la prophétie. Nous sommes toutes et tous prophètes à notre manière. La source de cette annonce se trouve d'abord en nous là où se vit la rencontre avec le Ressuscité, Celui qui nous conduit au Père mais également dans chaque communauté où Dieu se révèle à nous. A nous de lire les signes, de les reconnaître et puis d'oser les faire découvrir à celles et ceux qui nous entourent.

Alors être prophète, est-ce vraiment une notion de l'ancien temps, complètement dépassée. Oui, si nous l'enfermons dans les images d'hier. Non si nous acceptons, avec ce que nous sommes, de prendre le temps de découvrir en nous les chemins de nos propres prophéties. Il ne me reste qu'à nous souhaiter : bon travail intérieur pour que la Parole continue à être proclamée.

Amen.

26e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 9, 38-48

Jean, un des douze apôtres, n'en revenait pas ! Il avait vu quelqu'un qui chassait les démons et les esprits mauvais, sans être mandaté par Jésus. Un concurrent, somme toute ! Et Jean le dénonçait et réclamait des sanctions. Car seuls les douze avaient reçu ce pouvoir de Jésus, lorsque celui-ci les avait envoyés deux par deux au devant de lui, dans les bourgades où lui-même devait ensuite aller. Voyez-vous, dans l'église à peine naissante, - dans ce petit noyau que le Christ a réuni autour de lui, - il y a déjà la tentation du pouvoir, réservé à un groupe d'élite. Clan des purs et des durs, qui sont convaincus d'être du bon côté, d'être propriétaires de l'esprit même de Dieu

Notez que ce n'est pas nouveau. C'est même une vieille histoire, puisque c'était déjà le cas au temps de Moïse. L'événement nous est raconté dans la première lecture. Moïse a convoqué 72 anciens sur la montagne, des hommes sages parmi le peuple, pour qu'ils reçoivent l'Esprit de Dieu, en même temps que lui. Or, deux d'entr'eux ne sont pas au rendez-vous. Ils sont restés dans le camp. Et voici que ces deux là se mettent à prophétiser eux aussi, autant que les 70 autres. Josué, un peu jaloux, s'en inquiète et vient réclamer près de Moïse. Alors celui-ci a une parole merveilleuse : "M si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux pour faire de tout son peuple, un peuple de prophètes ! "

Ce souhait de Moïse est toujours d'actualité. Plaise à Dieu qu'il répande encore sur nous son Esprit pour faire de nous tous un peuple de prophètes. Mais comment être prophète aujourd'hui ?

L'Esprit de Dieu est répandu dans l'univers. Il agit à travers le monde. Il inspire tous les hommes au coeur droit et sincère. N'est-il pas vrai que beaucoup de non-chrétiens peuvent découvrir Dieu présent, dans la beauté de la nature, dans l'immensité des univers astraux et la grandeur des espaces et des galaxies, aussi bien que dans la complexité des organismes infiniment petits, observables seulement au microscope ? Beaucoup d'hommes de part le monde reconnaissent le Dieu créateur et l'honorent, selon la fidélité à leur propre conscience, ou selon leurs propres religions, dans le contexte de leur propre culture. Grâce aux communications modernes, et aujourd'hui par Internet, nous savons que les chrétiens ne sont pas majoritaires dans la population de l'univers, même si beaucoup d'être humains participent à la culture occidentale, issue du christianisme. Il y a des milliards d'hommes et de femmes, en Asie,(particulièrement en Chine,) en Afrique, en Amérique qui sont croyants dans leur propre religion et qui reconnaissent Dieu à leur manière. Qui sommes-nous donc, nous les chrétiens, pour être aujourd'hui jaloux et ne pas reconnaître que tous ceux-là possèdent également l'Esprit de Dieu ? Ce dernier ne supporte pas qu'on veuille le contenir dans nos petites limites. Cela ne veut pas dire que toutes les religions se valent et qu'il n'est pas important pour notre identité chrétienne de penser que nous sommes dans la vérité. Mais cela n'entraîne pas nécessairement que nous soyons les seuls à la posséder. On ne possède pas Dieu et pour l'approcher, nous avons besoin de la vérité des autres. Il y a certes des vérités objectives, mais qui nous dépassent tous et auxquelles on ne peut accéder que dans un long cheminement, en glanant dans les autres cultures, dans les autres types d'humanité, ce que les autres ont aussi acquis, ont cherché dans leur propre cheminement vers la vérité.

Remarquez que même Jean-Paul II, qui pourtant dans ses encycliques affirme que le magistère de l'Eglise est dans la vérité, mise cependant sur le rapprochement entre les -même qui religions, face aux défis du monde moderne. C'est lui qui voici quelques années, a convoqué à Assise une réunion de prières des représentants des grandes religions. Malgré tout cela, la tentation d'exclure ceux qui ne sont pas de notre bord est toujours là bien ancrée dans nos coeurs. Nous n'acceptons pas facilement que d'autres agissent pour Dieu, en dehors des normes imposées et des limites tracées. Nous n'admettons pas facilement les croyants qui ne sont pas en règle avec nos lois. "Ne les empêchez pas. " a répondu Jésus. Car s'ils libèrent leurs frères, s'ils les remettent debout, s'ils font entendre la voix de l'amour, loin de l'intolérance, l'Evangile est en marche. Comment pourrait-on croire qu'ils le font contre moi ?

Oui, ce que Jésus demande à ses disciples, aujourd'hui comme hier, c'est d'être tolérants, vis à vis des autres. C'est d'accepter que le bien se fasse autrement et par d'autres chemins que ceux que nous avons prévus. Ce que Jésus ne supporte pas c'est l'intolérance, parce qu'elle découle directement de l'orgueil de se croire meilleur que les autres, ou supérieur à eux. Parce qu'elle est une autodéfense, afin de garder ses privilèges ou ses pouvoirs. Or, dans notre monde actuel, il semble que l'intolérance face sans cesse des progrès. L'intolérance politique tout d'abord, quand on voit se développer, un peu partout, des tendances d'extrême-droite, on serait en droit d'être inquiet !. Si ces partis rassemblent des gens déçus par les magouilles ou les situations économiques désastreuses, il faut cependant se méfier des idées qu'ils propagent, des projets d'exclusion et de mise en ordre par la force qu'ils diffusent. Mais il y a aussi l'intolérance religieuse qui gagne partout du terrain. Nous assistons à un regain d'intolérance et de fanatisme. Il n'y a pas seulement que l'intégrisme musulman, qui fait parler de lui d'une façon tragique, comme ce fut le cas ces d dernière semaines en Algérie. Mais il y a aussi un intégrisme juif et des nombreux mouvements intégristes au sein même de toutes les confessions chrétiennes.

Je voudrais conclure en citant un petit texte de notre frère Pierre Claverie, l'évêque d'Oran, assassiné il y a à peine un an : "On parle de tolérance. Je trouve que c'est un minimum. Mais je n'aime pas trop ce mot, parce que la tolérance suppose qu'il y ait un vainqueur et un vaincu, un dominant et un dominé, et que celui qui détient le pouvoir tolère que les autres existent. On peut évidemment donner un autre sens à ce mot, mais j'ai trop l'expérience de ce qu'il signifie dans la société musulmane dans son acceptation condescendante pour l'accepter vraiment. Bien sûr, il vaut mieux que le rejet, l'exclusion, la violence. Mais je préfère parler du respect d e l'autre. Si seulement, dans la crise algérienne, on arrivait à concevoir que l'autre a le droit d'exister, qu'il porte une vérité et qu'il est respectable, alors les dangers auxquels nous sommes exposés maintenant n'auraient pas été courus en vain. "

17e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le souvenir du pain partagé a beaucoup marqué les premiers chrétiens. A tel point que les évangélistes racontent six fois une multiplication des pains. C'est sans doute parce que les premières communautés vivaient l'importance du partage.

Aujourd'hui, les gens qui achètent et qui vendent font du commerce. C'est un service bien normal. L'argent sert à régler nos échanges.. Il peut être une manière d'établir entre nous des rapports de justice. Dans nos achats, nous rémunérons avec la monnaie ceux qui nous rendent service en nous livrant les produits dont nous avons besoin. Mais normalement, entre gens qui s'aiment, la loi des échanges n'est plus l'argent, mais le partage. Celui-ci est un signe d'amour fraternel. Ainsi, dans la première communauté de Jérusalem on mettait tout en commun. Le livre des Actes des apôtres nous dit qu'ils "vendaient leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. " Et quelques années plus tard, Paul dans l'épître aux Galates rappelle que le signe d'union entre les chrétiens sera le souci des pauvres.

Mais dans les assemblées des premiers chrétiens, on ne partageait pas seulement le pain, mais aussi le "corps du Christ". C'est pourquoi les évangélistes racontent les multiplications des pains avec les mêmes paroles que celles utilisées dans l'eucharistie. 'Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua " Us veulent ainsi montrer que le partage du pain à la messe et le partage dans la vie sont étroitement liés. S.Paul blâmera la conduite des chrétiens de Corinthes qui, refusant de partager entre eux leur nourriture, ont l'audace de célébrer ensuite la Cène du Seigneur. 'J'apprends que lorsque vous vous réunissez, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l'un a faim tandis que l'autre est ivre. Voulez-vous faire affront à ceux qui n'ont rien ? Sur ce point, je ne vous loue pas.

Dans le monde actuel, pour des peuples entiers, il n'y a pas d'autre horizon que la faim. Tant de femmes, d'hommes et d'enfants n'ont pas assez de nourriture pour pouvoir subsister. Beaucoup meurent chaque jour, faute de moyens de se nourrir. Certaines populations ne survivent que grâce à l'aide internationale. Beaucoup d'actions sont entreprises pour venir au secours de ces innombrables affamés. Mais rien ne suffit.

Dans nos pays occidentaux, il y a aussi beaucoup de miséreux. Bien des gens n'ont ni toit, ni salaire, ni emploi. Ce sont les sans-logis. Des personnes sans domicile fixe. On les désigne souvent par des initiales : S.D.F. Cette façon de lés nommer nous camoufle un peu le scandale de cette douloureuse réalité. Beaucoup parmi eux dépendent de la bienfaisance publique. Ce sont souvent des mendiants. Et puis, comment travailler quand on a faim ? Comment aimer ? Comment être heureux de vivre ? Comment avoir confiance ? Pour leur venir en aide, bien des organismes ont d'excellentes initiatives, mais cela ne suffit pas.

Dans la crise d'aujourd'hui, pour beaucoup de travailleurs l'avenir est sombre. Ils craignent de perdre leur emploi, d'être mis au chômage, de basculer dans la précarité et puis dans l'indigence. Les causes de ces désastres sont nombreuses. Parmi elles, il y a principalement la mondialisation de l'économie de marché. Si celle-ci peut apporter du bien-être à beaucoup, elle laisse cependant de côté tant de pauvres ! On peut se demander pourquoi certains sont-ils forcés de se contenter des "miettes", alors que d'autres ont réellement de trop pour vivre ? Pourquoi l'argent se trouve dans les mains de quelques financiers, au heu d'être davantage distribué entre tous ? Certes, chacun pourrait rêver d'un autre monde, où l'important ne serait pas d'accumuler le plus de richesses pour soi, de posséder de plus en plus même si les autres ont de moins en moins pour eux-mêmes... rêver d'un monde où l'on partage avec ceux qui n'ont rien pour leur permettre de se développer et de ne plus mendier... rêver d'un monde où la solidarité a plus de valeur que les cotations en Bourses... un monde où l'on s'entraide et où l'on fait tout pour permettre aux plus faibles de vivre en hommes et femmes fibres... un monde où la famine et la misère seraient à jamais vaincues. Certains diront que c'est une utopie ! Non ! Avec Jésus, ce monde là a déjà commencé ! Lorsqu'il a prit dans ses mains le partage du gamin, les cinq pains d'orge, et qu'il les a distribués, c'est le partage entre tous qu'il a instauré. C'est cela le Royaume qu'il est venu, en son temps, inaugurer ! Ce monde nouveau est donc déjà là.

Remarquez que lorsque l'on garde tout pour soi, c'est parce qu'on a peur de ne pas en avoir assez. Mais chaque fois que l'on partage, il y en a toujours de trop ! C'est déjà le cas défié qui donna tout ce qu'on lui avait donné. Le prophète permet ainsi à Dieu de multiplier le don, bien au-delà de toute espérance. "Donne-le à tous ces gens pour qu'ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : On mangera et il en restera." C'est encore le cas, lorsque Jésus partage les pains. On remplit douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d'orge après le repas.

Le pain, pour nous, c'est la nourriture quotidienne. Mais c'est bien plus encore. C'est le travail c'est la dignité, c'est la possibilité d'apprendre et de développer son intelligence, c'est la liberté de parler et de se déplacer, d'avoir des vacances, c'est la joie de connaître, c'est pouvoir choisir l'existence à mener. Tous les humains ont droit à ce pain-là ! Etre chrétien aujourd'hui, c'est travailler afin de "multiplier" ce pain-là. C'est agir partout pour que de plus en plus d'humains puissent se nourrir de ce pain-là.

Jésus a donné à manger. Comment croire en lui sans faire de même ? Comment partager le pain eucharistique, qui est son corps, sans partager aussi nos richesses et nos avantages, avec tous ceux qui ont moins de chance que nous ? Aujourd'hui, les chrétiens ne peuvent être crédibles que s'ils s'efforcent de dresser la table du partage, dans le désert de l'humanité.

4e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Materne Pierre-Yves
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Nous sommes dans une société où l'autorité n'est plus une valeur recommandée. On la confond trop souvent avec le pouvoir qui menace toujours de verser dans un certain autoritarisme. Avoir de l'autorité, ce n'est pas imposer des choses aux autres, même si c'est pour leur bien. Dans son sens premier, l'autorité est ce qui nous aide à grandir. L'autorité n'est donc légitime que si elle est au service de la personne et de son développement humain. L'autorité d'un parent (ou d'un maître) n'existe que dans la mesure où l'enfant (ou l'élève) progresse grâce aux conseils et aux avertissements du parent (ou du maître). Plus fondamentalement encore, c'est l'exemple donné par le parent ou le maître qui confère une autorité. C'est parce que je vis moi-même ce que j'enseigne que je peux acquérir une certaine autorité. Si je ne suis pas cohérent avec mes propres valeurs, comment puis-je inviter les autres à les suivre plus que moi ? Si ma foi n'entraîne pas un changement dans ma vie, comment puis-je être crédible aux yeux des autres ?

C'est surtout cela que Jésus nous fait comprendre. Les gens étaient frappés par son enseignement car il parlait en homme qui a autorité, non pas comme les scribes. Jésus parlait de ce qu'il vivait et l'autorité qui en découlait faisait que les auditeurs étaient interpellés par sa parole. Si les scribes connaissaient très bien les règles religieuses, ils n'étaient pas forcément des modèles à suivre. Ils étaient très forts pour mettre un fardeau de prescriptions sur le dos des gens mais sans se demander si cela aidait chacun à grandir de façon adulte et responsable. Cela fait évidemment penser à de l'autoritarisme. Tout a l'inverse, Jésus n'a pas énoncé une kyrielle de règles à observer. Non seulement il n'a laissé que deux commandements (aimer Dieu de tout son c½ur et son prochain comme soi-même) mais, en plus, il a lui-même vécu intensément cette double loi de l'amour.

Lorsque Jésus chasse un démon, il rend la liberté à celui qui était sous l'emprise du mal. Son autorité a donc un rayonnement puissant. Ici encore, il exerce son autorité pour donner à l'autre personne la capacité de vivre en être libre. Par amour, le Christ vient rejoindre l'homme blessé, éprouvé, prisonnier, pour lui ouvrir un chemin de libération. Plutôt que de passer son temps à énoncer des lois, Jésus recherche les hommes et les femmes qui subissent un enfermement. Il annonce alors un message qui rend l'espoir d'un mieux-vivre et, quelques fois, opère un signe qui manifeste l'actualité de la « force libérante » de la foi.

A la suite de Jésus, nous sommes invités à « parler avec autorité ». L'expression est très ambiguë, c'est pourquoi il ne faut pas perdre de vue la figure du Christ. Il ne s'agit pas de faire la morale, ni même de donner des conseils qui peuvent être utiles. Non, il s'agit de vivre notre foi de façon crédible, c'est-à-dire en gardant l'essentiel sous les yeux : l'amour croyant et transformant. Je ne peux par dire que je crois en un Dieu d'amour si je n'aime pas ceux qui croisent mon chemin. Cela ne veut pas dire que je deviens ami avec tout le monde. Cela veut surtout dire que je suis prêt à accompagner ceux qui cherchent une parole d'espérance. Notre monde n'a pas besoin de moralisateurs mais bien d'hommes et de femmes courageux dans l'amour. Que Dieu nous y aide. Amen.

27e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Dieu : les maths, c'est vraiment pas son truc. Alors que pendant des années, à l'école, on nous a appris qu'1+1=2. Ce soir (matin), Dieu nous prétend que 2=1 c'est à dire qu'1+1=1 mais qu'en plus que pour qu'1+1=1, il faut également qu'1+1=1+1. Vous me suivez ? Quand je vous disais que Dieu et les chiffres, c'est compliqué. C'est sans doute pour cela qu'au coeur de la Trinité, comme je vous l'ai déjà dit : 1+1+1=1 puisque 3=1. Donc 2=1 et 3=1 au risque de nous embrouiller. Si vous le voulez bien, et même si vous ne voulez pas, comme c'est déjà assez difficile comme cela, je nous propose de nous limiter à 2=1 puisque c'est cette énigme-ci que les textes de ce soir (matin), nous invitent à méditer.

L'amour est très capable de durer, écrit France Quéré, mais il faut un peu d'arithmétique : pour aimer, il faut être deux, et pour être deux, il faut d'abord être un. En effet, pour tout donner, il faut d'abord avoir quelque chose à offrir. Et le don de l'Amour, c'est tout simplement soi. Pour être un, je dois d'abord être moi-même. La Genèse ainsi que le Christ, m'invitent à apprendre à être moi. Comment ? En se construisant petit à petit, en se fabriquant, dans la solitude, le drapé d'un silence au coeur de sa propre musique, en reprenant le temps d'être tout simplement présent à soi, tout en se laissant façonné, modelé en même temps par l'autre, parent ou ami.

Etre soi, c'est également se reconnaître comme étant un mystère, qu'il y aura toujours une part d'énigme, d'inconnaissable. C'est vrai, il nous faut un peu d'obscur pour bien voir car la nocturnité fait partie de notre projet de destinée et de vie Au cours des jours et des mois, peu à peu notre âme dénudée, accumule un trésor inépuisable, qui s'appelle pour chacune et chacun : moi et que nous pouvons offrir à l'autre, sans jamais craindre de manquer. Ainsi durera l'amour, s'il prend et reçoit sans compter (puisque comme le rappelle le texte d'introduction)(en effet, dans toute relation) : chacune apporte un peu de lui-même. Aimer signifie donc bien qu'il faut d'abord être soi. C'est pourquoi, Dieu a bien raison lorsqu'il dit qu'1+1= toujours 1+1. Voici donc notre première équation résolue.

Venons-en à la deuxième : 2=1. La ça se complique. Au premier abord oui, et puis pas tant que cela finalement. Il y a deux choses en chacune et chacun de nous : l'amour et la solitude, celle dont nous venons de parler. Elles sont entre elles comme deux chambres reliées par une porte étroite. Oui, nous sommes seuls dans le jour. Cette solitude est le plus beau présent que l'on puisse nous faire. Elle brûle dans le jour. Elle s'illumine dans nos absences. Nous avons besoin de quelqu'un qui nous conduise dans la pleine nuit du jour. L'amour atteint alors sa plénitude dans cette évidence d'une défaite : je ne peux me contenter de ma solitude, tout va vers la personne aimée, et les rivières de nos destinées se détournent de leur cours pour se perdre au coeur de nos images. La mienne, la tienne pour faire exister la nôtre. Nous sommes enlevés de nous-mêmes. Nous entrons dans le domaine de l'unité, non pas une fusion qui emprisonne, étouffe ou écrase mais une unité vécue comme un espace plus grand que soi : où l'amour infiniment dépasse l'amour. En effet, il y a ce que l'on connaît, qui est étroit. Et puis, il y a ce que l'on sent, qui est infini. C'est dans cette vision d'un infini toujours à découvrir que nous pouvons reconstruire chaque jour un peu de « nous », (pour reprendre les mots de la deuxième lecture). C'est seulement à ce moment-là au coeur de l'amour, de l'amitié, de la rencontre avec Dieu, que 2=1.

Tout ceci peut paraître bien beau, de l'ordre de la candeur et de l'utopie. Cependant au fond de nous sommeille la certitude que le bonheur existe ailleurs que dans les rêves. Il nous reste alors à renouer avec cet enfant au plus profond de nous-mêmes. Celui qui peut accueillir, comme nous convie Jésus, la confiance donnée à l'autre ainsi que la tendresse d'un Royaume de Dieu. Tendresse, candeur et confiance deviennent ainsi les mots clefs pour la réussite d'un amour, d'une amitié, d'une relation à deux et à Dieu parce qu'ils permettent de vivre pleinement de la fidélité, don divin, don de soi. Les chiffres de Dieu de ce soir (ce matin) sont-ils uniquement des équations mathématiques ou le désir d'une relation à construire. A chacune et chacun de décider.

Amen.

27e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Dans notre pays, sur trois mariages célébrés, il y en a habituellement un, qui se termine par un divorce. Pourtant, si l'on fait une enquête sur les valeurs auxquelles les gens tiennent le plus, ce sont toujours le bonheur familial et la fidélité qui viennent en premier lieu. Au fond des coeurs, comme dans les chansons, "amour continue de rimer avec toujours". Ceci est vrai même des personnes qui se remarient après l'échec d'une première union !. On dirait qu'elles tiennent d'autant plus à la solidité d'une fidélité nouvelle, qu'elles ont souffert d'un abandon, d'un rejet.

Aujourd'hui, les séparations et les divorces se multiplient. Les lois et les contraintes sociales ne suffisent plus à enrayer ce développement et beaucoup d'hommes et de femmes cherchent à les contourner. Quand on ne s'entend plus, on se sépare. Et ce fait n'est pas nouveau. Il était déjà présent à l'époque de Jésus, comme en témoigne la question des pharisiens dans l'évangile "Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?" "Est-il permis à un mari... ? " Et la femme, ne pourrait-elle pas renvoyer son homme ? La question n'affleure pas dans les esprits, même s'il existait au temps de Jésus des recours exceptionnels devant un tribunal, qui permettaient à l'épouse de reprendre sa liberté.

La question des pharisiens est un piège. Quelle que soit la réponse du Maître, ses adversaires veulent le ranger dans un camp : celui des rigoristes ou celui des laxistes. Comme souvent, Jésus ne répond pas à leur question. Il n'entre pas dans le débat juridique. Il va beaucoup plus profond, à la naissance même de l'amour et du couple humain. Il rappelle la parole créatrice, celle qui indique à jamais à l'homme et la femme leur vocation partagée : 'Au commencement Dieu les fit homme et femme. A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un. "

Il n'y a donc aucune supériorité masculine sur la femme. L'humain a été "créé homme et femme". Que l'on ne fasse pas de l'épouse l'inférieure de son mari dont celui-ci pourrait disposer à sa guise : ce serait "séparer ce que Dieu a uni".

Marc place cette polémique sur la route de Judée vers Jérusalem, en un temps où Jésus affronte les autorités religieuses et dénonce leurs hypocrisies. Cette dispute sur le mariage n'est qu'une dispute parmi d'autres dans lesquelles Jésus oppose l'esprit de la loi aux interprétations qui en faussaient le sens. Ici, Jésus renvoie à la tradition juive : l'intention de Dieu est que l'amour soit Fidèle. Un peu comme Dieu l'est lui-même envers son peuple. Il a fait autrefois alliance avec Israël. Malgré les abandons de celui-ci, lui, Dieu demeure fidèle. Cette fidélité divine doit être le modèle de la fidélité humaine.

Malheureusement, dans le langage courant, on ne donne souvent de la fidélité qu'une définition négative. On parle de ne pas mettre son pied de travers. Dans l'Evangile, la fidélité n'est pas un rêve comme dans un roman, elle est une exigence. Et cette exigence est positive. La vraie fidélité va bien plus loin : Elle veut le bonheur du conjoint. Aussi se fait-elle au besoin, compréhension, pardon, encouragement et partage. La vraie fidélité s'inspire de la fidélité de Dieu. La grandeur de l'amour humain est d'être appelé à ressembler à l'amour de Dieu, dans générosité !

La deuxième chose sur laquelle nous devrions méditer, c'est le fait que nous ne sommes pas Dieu et que nous expérimentons chaque jour notre fragilité humaine. Nous pouvons connaître l'échec et parfois même subir la trahison.

Ceux qui approchent des personnes divorcées savent combien leur épreuve peut être pénible, souvent plus douloureuse que le veuvage. La personne dont le conjoint meurt, connaît bien sûr une période de tristesse et de désarroi, une vraie crise de confiance. "Que vais-je devenir ? Ai-je fait tout ce qu'il fallait pour rendre mon conjoint heureux ? Ne pouvait-on éviter sa mort ?" La personne divorcée se pose peut-être les mêmes questions, mais en plus elle a l'impression d'avoir été reniée, rejetée, trahie. Son idéal est détruit. Elle est surtout tentée de ne plus croire en l'amour. A tort ou à raison, elle se sent exclue, condamnée, par son entourage, parfois par ses proches. Elle se sent aussi mise à l'écart par les lois de l'Eglise. Pourtant, Dieu l'aime. Dieu lui reste fidèle, infiniment plus que les êtres humains !

Cette fidélité de Dieu, modèle du mariage chrétien, doit également inspirer à nos communautés chrétiennes le souci d'accueillir les naufragés de l'amour, les personnes séparées, divorcées. Nous avons le devoir de les soutenir et de leur ouvrir la porte d'une nouvelle espérance, y compris la possibilité de recréer un nouveau foyer chrétien si elles le souhaitent profondément.

Bien sûr, tous les divorces et tous les remariages ne sont pas légitimes. Il y en a qui reposent sur une injustice, sur cette dureté de coeur et cet égoïsme que l'évangile lu aujourd'hui condamne avec force. C'est bien ainsi que l'ont compris les premières générations chrétiennes. La fin du texte de Marc nous dit les paroles que Jésus a prononcées "à la maison" ' Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d'adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d'adultère. " Quelle est cette maison dans laquelle Jésus parle à ses disciples ? C'est un lieu symbolique. Par ces mots, Marc introduit habituellement les conclusions que la communauté primitive a tirées de l'enseignement de Jésus. Conclusions, qui, selon un procédé littéraire habituel à l'époque, sont mises dans la bouche du Seigneur lui-même, parlant dans la maison.. Nous voyons donc que les premiers chrétiens n'ont pas accepté la répudiation permise par Moïse et qu'ils ont pris fort au sérieux la condamnation qu'en a faite Jésus..

Mais l'attitude du Christ qui rejette violemment l'hypocrisie et l'égoïsme, n'est pas un rejet des victimes, ni une négation de l'échec. Au contraire, la fidélité de Dieu s'exprime chez Jésus par son souci de guérir ceux qui ont souffert, de remettre les gens debout, de les réconcilier avec la vie et avec le Père, de ne pas les enfermer dans leur passé, mais de leur donner une nouvelle chance. Aussi, même si nous soutenons et admirons les divorcés qui restent seuls, soit par attachement au sacrement de mariage, soit par fidélité à un seul amour injustement trompé, il faut bien se rendre compte qu'une telle solitude n'est pas toujours possible, ni heureuse pour l'équilibre de la famille. Il est donc normal que beaucoup de divorcés essayent d'entreprendre une nouvelle union Il faut d'ailleurs du courage pour oser aimer et s'engager à nouveau pour toujours, après la blessure profonde due à l'échec d'un premier foyer. Si nos communautés chrétiennes doivent être signes de l'amour de Dieu, il faut qu'elles accueillent vraiment les divorcés, qu'elles aident ses membres blessés à rebâtir l'avenir. Cela veut dire rappeler à chacun qu'il est aimé de Dieu, malgré les échecs de sa vie et donc que les portes de l'espérance ne lui sont pas fermées.

18e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le dimanche passé, Jésus a multiplié les pains pour rassasier la foule qui l'entourait. Aujourd'hui commence le long discours de Jésus où il explique la signification de ce qu'il vient de faire. Derrière son discours, et derrière les questions des juifs, il y a l'histoire de la manne que nous avons entendue dans la première lecture. Israël est dans le désert, dans une terre stérile, sans eau et sans nourriture, et Dieu donne au peuple à manger. C'est un miracle, mais c'est aussi une métaphore. De même que nous avons besoin de bien manger pour bien vivre, pour bien fonctionner au niveau physique, nous avons besoin de quelque chose pour bien vivre au niveau plus personnel. Comme on le disait autrefois, si on a besoin d'une nourriture physique, on a besoin aussi d'une nourriture spirituelle.

Cette métaphore semble quasi naturelle. On peut dire plus ou moins la même chose en parlant de la faim. Il y a en Afrique du Sud aussi un grand désert aride. Il y a un peuple qui habite ce désert. Ces gens ont du mal à vivre ; la nourriture n'est pas facile à trouver. Pour eux, la faim est un élément central et quotidien de la vie. Ils ont un vocabulaire intéressant : ils parlent de la grande faim et de la petite faim. La petite faim est la faim, l'absence de nourriture, tandis que la grande faim, la faim la plus importante, est ce qu'on pourrait appeler une faim spirituelle, l'absence de Dieu.

Ce n'est pas difficule à comprendre. La faim, l'absence de nourriture, c'est l'estomac vide, et c'est la fatigue, la faiblesse et la douleur qu'il entraine. Quand on a faim on doit manger, il n'y a pas de repos, pas de paix, avant qu'on ne se remplisse la bouche. Mais, après un certain temps, on s'y habitue, on ne sent plus le manque de nourriture, on s'engourdit. C'est comme si on avait mangé, comme si on n'avait plus hesoin de nourriture, sauf que la faiblesse et la fatigue restent. Il peut sembler que la faim est vaincue, parce que cela ne fait plus mal. Mais c'est parce qu'on n'est plus assez vivant pour souffrir, la machine du corps a déjà commencé à s'arrêter, la vie commence à s'éteindre. On cesse de chercher la nourriture. Il peut y avoir une sorte de confort dans cette condition, parce qu'on ne sent plus rien, mais en fait, c'est le triomphe de la faim ; on n'est pas loin de la mort.

La grande faim, la faim de Dieu, est semblable ; il s'agit d'un vide, d'une lassitude, d'une faiblesse. Mais ce n'est pas la faim de la nourriture. Le vide n'est pas dans l'estomac, mais dans la vie. La vie semble dépourvue de sens, elle ne nous nourrit pas. On est lassé par les tâches multiples de chaque jour, qui semblent de plus en plus lourdes et embêtantes. Le monde devient gris et plat, et l'existence devient pénible. Il est possible de s'habituer à ce vide de sorte qu'on ne le remarque plus. Alors le vide semble la condition humaine naturelle, et on ne remarque pas qu'il manque quelque chose, on ne cherche plus. On comprend la vie et le monde comme si ses besoins sprituels n'existaient pas, comme si Dieu n'existait pas. Il y a une sorte de bonheur dans cette condition, mais c'est le bonheur de l'oubli, c'est le triomphe du vide.

Il y a donc une grande ressemblance entre ces deux faims, c'est pourquoi il est naturel d'employer le mot « faim » en parlant des choses spirituelles. Mais il y a aussi une différence importante, et c'est une différence qu'indique Jésus. Quand on a l'estomac vide, on peut, si les circonstances le permettent, travailler pour se rassasier. On peut aller à la chasse des bêtes sauvages, on peut cultiver des plantes. Par son travail, on peut se nourrir. En fait, les premières pages de la Bible font le lien entre manger et travailler : Dieu dit à Adam « Le sol sera maudit à cause de toi. C'est dans la peine que tu t'en nourriras tous les jours de ta vie... A la sueur de ton visage tu mangeras du pain ». Par contre, le vrai pain dont parle Jésus ne sort pas du sol, il tombe du ciel. On ne doit pas travailler pour le produire, et on ne peut pas. C'est gratuit, et cela a l'aspect d'un don ; Dieu le donne. Si on veut être rassasié, il faut d'abord s'ouvrir à recevoir le gratuit. Quand les juifs demandent à Jésus « Que faut-il faire pour travailler aux oeuvres de Dieu ? », lui répond « L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé ». Mais croire en Jésus n'est pas travailler, c'est cesser de travailler, cesser de s'occuper de ce qu'il faut faire, pour s'ouvrir, pour se permettre de recevoir le don de Dieu. La première lecture dit la même chose : les cailles descendent sur camp après le coucher du soleil, après la fin de la journée, quand on ne travaille plus. Et la manne est déjà là le lendemain quand les gens se lèvent. Dieu donne dans la nuit, et la nuit est le temps de repos, où on ne travaille pas.

Dans un monde qui prône la valeur du travail et du non-gratuit, de ce qu'on achète, il n'est pas toujours facile d'être simplement passif, ouvert à recevoir le gratuit, d'accepter le fait que notre nourriture ne vient pas de nous-mêmes, mais c'est ce qu'il faut. Il faut accepter le gratuit, et en reconnaître la gratuité en disant merci. C'est pourquoi nous nous sommes réunis aujourd'hui, pour recevoir à cette table le pain que Jésus nous donne, et pour en rendre grâce.

18e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

"Ils cherchaient un boulanger......

Ils cherchaient un boulanger, ces femmes et ces hommes qui traversèrent le lac et abordèrent sur l'autre rive, à la recherche de Jésus. Ils cherchaient un boulanger, toutes celles et tous ceux qui avaient été témoins de la multiplication des pains.

Ils cherchaient un boulanger comme ils avaient peut-être cherché un guérisseur, un magicien un être un peu extraordinaire, quelqu'un qui leur donna des solutions toutes faites pour répondre à leurs problèmes, des solutions faciles pour remédier à leurs manques, à leurs déficiences.... Ils cherchaient un boulanger qui aujourd'hui encore pourrait à nouveau leur donner du pain en abondance

Bien sûr, demain, ils auraient sans doute encore faim ; ils auraient encore de nombreux besoins et d'autres problèmes... mais en faisant de lui un roi, celui-ci leur apporterait sûrement des solutions. Peut-être dépendraient-ils totalement de cet homme ? Sans doute seraient-ils tout à fait soumis à son bon plaisir ? Mais peu importe, même esclaves de ce nouveau roi, la vie serait bien plus facile, puisqu'ils auraient avec eux un boulanger, un guérisseur, un faiseur de miracles....

C'est l'éternel malentendu ! C'était déjà le cas, au temps de l'Exode, pendant le séjour des hébreux dans le désert. Les fils d'Israël récriminèrent contre Moïse et Aaron. Ils regrettèrent les oignons d'Egypte. Même si nous étions esclaves, la vie était bien plus facile en ce temps-là. Nous avions au moins des marmites de viande et nous mangions du pain à satiété !

Nous savons aujourd'hui que la manne est un phénomène naturel : l'exsudation d'un arbuste de cette région : le tamaris. Aux mois de juillet et d'août, les pucerons attaquent l'écorce, durant la nuit. La sève, qui en sort en gouttelettes, se solidifie au petit matin et tombant sur le sol, présente des granulés très nourrissants. Les hébreux ont vu dans cette découverte une intervention miraculeuse de Yaveh, voulant nourrir son peuple dans sa marche vers la terre promise. 'Mann hou ?" "Qu'est ce que c'est ?". C'est le pain que le Seigneur vous donne à manger" dit Moïse. N'empêche que la manne ne conservait pas et qu'il fallait la ramasser à nouveau chaque matin ! L'éternel malentendu, encore présent au temps de Jésus : "Vous me cherchez, non parce que vous avez mi des signes, mais parce que vous avez mangé du pain à satiété". Au fond, Jésus leur dit : "Vous n'avez donc pas compris le sens de ce que nous avons fait hier ? Vous n'avez donc pas saisi le sens du partage ? Travaille.-, non pour cette nourriture qui se perd, - cette nourriture qu'il faut recevoir dans la dépendance qu'il faut redemander chaque jour. Mais travaille--pour les oeuvres de Dieu. " "L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. " "Que vous croyiez au Fils de l'homme, le porte parole d'un Dieu libre et qui veut que votre liberté." Le pain de Dieu, c'est celui qui donne la vie, celui donne la liberté à l'homme. On pourrait dire que Jésus est un athée du Dieu habituel des juifs. Il refuse l'image d'un Dieu puissant, terrible, d'un Dieu à craindre parce qu'il terrorise l'homme et le soumet à son bon plaisir. C'est comme représentants de ce Dieu là que les autorités religieuses juives écrasent le petit peuple et le rend servile. Et cela afin de mieux asseoir leurs pouvoirs

Dominique Collin : L'Évangile inouï

Patrick Lens : De leeuw en het lam