3e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le désert, c'est un endroit inculte, brûlé par le soleil, où rien ne pousse, où il n'y a aucune vie. Sans doute connaissons-nous le désert du Sahara, cette immense étendue de sable pratiquement inhabitée ? Mais en Palestine aussi il y a des contrées pratiquement désertiques, lieux de silence et de calme absolu. Et aujourd'hui, dans l'évangile, nous recevons le témoignage d'un homme du désert. On ne trouve pas tous les jours des hommes du désert. Et quand on en rencontre un, on est souvent bouleversé, à la fois par son message et par la façon dont il vit. Ainsi, Jean-Baptiste apparaît dans le désert et voici que les foules sont attirées par lui et vont le voir et l'écouter. Mais l'homme du désert peut être dangereux pour ceux qui sont bien installés. Il peut tout déstabiliser ! Alors, les grosses têtes de Jérusalem envoient des prêtres et des lévites auprès de Jean-Baptiste pour s'enquérir et pour vérifier sa carte d'identité. En effet, cet homme du désert ne porte pas les marques habituelles du prophétisme ni du messianisme. Il ne répond pas aux critères reçus. Alors, qui est-il ? La réponse arrive nette et précise. Il n'est pas le messie. Il n'est pas non plus Elie. On croyait en ce temps là qu'Elie n'était pas mort, mais qu'il avait été enlevé de cette terre sur un char de feu, pour y revenir à la fin des temps préparer la venue du messie. Jean déclare qu'il n'est pas Elie, qu'il n'est pas le Grand prophète, mais il vient seulement crier dans le désert que les chemins sont à aplanir. En cela, il réalise ce que le prophète Isaïe avait annoncé.

Des pharisiens se sont glissés dans la délégation. Il sont venus eux pour aller au fond des choses : "Pourquoi baptises-tu ?" La réponse les renvoie à eux-mêmes : 'Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.. " Il eût été facile de donner une réponse toute prête. Il eût été facile de faire comme pour un catéchisme. Mais la foi n'est pas à réciter par coeur. Jésus n'est pas au bout d'un raisonnement. Il est né d'un coup de coeur : Jean-Baptiste leur répond : "Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : cherchez-le."

Ce message de Jean-Baptiste est-il encore actuel ? Il est grand le désert d'aujourd'hui. Non pas une vaste étendue de sable sans vie humaine. Au contraire. C'est un endroit très peuplé comme dans nos grandes villes, mais les gens y circulent sans se voir ni s'entendre, ils s'y croisent sans jamais se rencontrer ! Tout le monde court. Chacun est pressé par le temps. Tous essaient d'aller le plus vite possible, l'un à son travail, l'autre à ses occupations, à ses loisirs, ou simplement à rentrer chez lui. Personne ne s'occupe des autres, de ceux qu'il croise en chemin ! D'autres se construisent des petites cellules familiales, des petits ghetto d'amis, à l'abri des regards extérieurs. Combien de citadins n'achètent-ils pas un petit bungalow ou une villa à la campagne, et l'entourent d'un jardin avec beaucoup d'arbres, pour ne plus devoir s'occuper des voisins ? Pour toute fenêtre vers l'extérieur, il y a le petit écran de TV. Chacun regarde celui-ci, mais il n'y a plus de communication entre les spectateurs ! Pour toute écoute, c'est le walkman, où le jeune court dans la rue sans entendre aucun bruit, ni aucun appel, tout entier plongé dans sa musique. Pour toute écriture des initiales, ainsi par exemple : le centre public d'aide social devient le C.P.A.S., les "sans domicile fixe" deviennent S.D.F., ça fait plus propre et moins dérangeant. Combien de gens âgés ou malades ne vivent-ils pas isolés, surtout pendant la période des vacances, quand tous les autres sont partis ? surtout pendant le moment des fêtes, où l'on se sent davantage mis à l'écart puisqu'on ne peut plus y participer ? Chacun est donc replié sur soi-même pour vivre ou pour survivre et le principe devient "chacun pour soi et Dieu pour tous" Oui vraiment la vie d'aujourd'hui peut prendre l'aspect d'un véritable désert, par l'absence de communications ! Mais, dans ce désert d'isolement, des voix se sont levées. Ce sont quelques personnes non résignées à se laisser broyer par l'anonymat ou les injustices de la société moderne. Là, c'est un groupe de jeunes chômeurs qui n'ont pas accepté leur état et qui se sont réunis pour accomplir des travaux de dépannage ou de restauration de bâtiments, des besognes de jardinage de nettoyage ou d'autres services qui leur permettent d'être utiles et de faire face à leurs besoins financiers. Là, c'est un groupe de foyers en difficultés de crédit, qui se mettent ensemble afin de réfléchir aux conséquences de leur surendettement. et de trouver des solutions de solidarité pour faire face à leurs obligations. La se sont des personnes aux revenus modestes qui se mettent ensemble pour accomplir des achats groupés et obtenir ainsi des denrées à meilleurs prix. Là se sont des organisations non gouvernementales qui s'efforcent de venir en aide à des populations malheureuses par des récoltes de vivre ou de médicaments. Là encore se sont campagnes d'aide comme celle de VIVRE ENSEMBLE qui attirent l'attention cette année sur les logements défectueux et les remèdes à y apporter. Il y a aussi des jeunes qui veulent vivre autrement, des couples qui n'acceptent plus d'être rejetés en raison de leurs origines étrangères ou de la couleur de leur peau. Il y a aussi des gens que l'on expulse, ceux à qui on coupe l'électricité en ne leur laissant que 5 ampères, ceux pour qui l'hiver est un enfer. Il y a près de nous des gens qui meurent lentement du Sida et d'autres qui le propagent. Il y a parmi vous......

Mais toutes ces voix dérangent souvent. On préfèrent ne pas les entendre. Alors, autrefois de Jérusalem, de la ville sainte, sont venus les officiels, dûment mandatés. Ils arrivaient avec leurs lois, leurs livres saints, leurs traditions, pour demander au Baptiseur de justifier son action. Aujourd'hui, c'est peut-être de Rome que nous viennent les autorités religieuses, avec leur catéchisme universel, avec leurs déclarations et leurs certitudes. Ils croient détenir le monopole de la vérité et avoir réponses à tout. Eux seuls pensent connaître vraiment les chemins du Seigneur ! Mais le Seigneur vient souvent vers nous par des routes où l'on ne s'attend pas à le rencontrer. Aussi, résonne encore aujourd'hui en nos coeurs la voix du prophète : 'L'Esprit du Seigneur est sur moi. Il m'a consacré par l'onction et m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le coeur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance. Aplanissez donc le chemin du Seigneur. Il y a parmi vous quelqu'un que vous ne connaissez pas.

C'est l'esprit de Jésus, la mentalité de son évangile qui invite tous les gens simples à ne pas se laisser abattre mais à se lever, à se remettre debout, à créer tant de gestes de solidarité. Le Seigneur est donc présent parmi eux et c'est là qu'il nous faut le reconnaître.

Pour beaucoup d'entre nous, la fête de Noël risque de n'être qu'une fête familiale où l'on aime se retrouver entre soi, avec ses proches ou quelques amis. On se sent alors bien au chaud, à l'abris. C'est sans doute important mais ce n'est certes pas suffisant. Il faudrait, de quelques manières, - et elles peuvent être très diverses, - faire une place à celui qui vient d'ailleurs, à l'étranger, à celui qui n'a plus de toit pour s'abriter, qui est donc différent de nous, pour que Noël soit célébré davantage comme la fête de l'ouverture universelle : "Paix à tous les hommes que Dieu aime" chantaient les anges dans les campagnes de Bethléem. Que ce soit vrai aussi chez nous.

6e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jésus dit à ses disciples « Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. » Il dit aussi : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ». C'est seulement en gardant les commandements de Jésus que nous demeurons dans son amour, que nous sommes ses amis.

Mais pourquoi cela nous intéresse, d'être les amis de Jésus, de demeurer dans son amour ? Dans la vie nous apprenons que l'amour est important ; nous ne sommes pas faits pour être seuls dans la vie. C'est le message de la Genèse 2, où Dieu crée d'abord l'homme et puis remarque que ce n'est pas bon l'homme soit seul, et il crée la femme pour être le compagnon de l'homme. Il est bon de trouver quelqu'un dans la vie, un ami, quelqu'un à aimer et quelqu'un qui nous aime, quelqu'un à qui nous pouvons rester fidèles et qui peut également nous rester fidèle. La vie peut être difficile si on ne trouve pas cette personne, et plus difficile encore si on la perd. L'amour d'un autre nous donne un point de repère dans le monde, cela donne un sens à notre vie. Etre sans amour, c'est être perdu.

Ce n'est pas une loi universelle de la vie ; il y a peut être certains qui peuvent vivre seuls sans éprouver le manque d'un ami, qui peuvent vivre tout seuls tout en restant humains, sans se flétrir. Mais ces personnes sont rares ; pour la plupart d'entre nous l'amour et l'amitié sont essentiels. Mais si l'amitié nous est nécessaire, c'est l'amitié d'un de nos contemporains. Est-ce que nous avons vraiment besoin de demeurer dans l'amour de Jésus, d'être ses amis ? Et qu'est-ce que cela veut dire d'être ami de Jésus ? Nous ne partageons finalement pas notre vie avec Jésus comme nous la partageons avec nos partenaires et avec nos amis. Nous ne vivons pas avec lui tous les jours comme nous pouvons vivre avec un époux ou avec une épouse ou avec un ami.

C'est vrai. Je crois que, quand Jésus nous dit de demeurer dans son amour, cela doit être en partie métaphorique. Mais c'est une métaphore extrêmement importante. Pour Jean, qui nous transmet ces paroles du Seigneur, Jésus n'est pas simplement quelqu'un avec lequel on puisse vivre, un partenaire potentiel. Jésus est le Verbe, la Parole de Dieu par laquelle tout est crée, y compris nous-mêmes. C'est lui, le sens de la création, le sens du monde dans lequel nous nous trouvons.

Si c'est normalement l'amour, l'amitié, la fidélité de et à un autre qui nous donne un point de repère, qui donne un sens à notre vie, cet amour peut être un amour désespéré, un amour qui nous sauve d'un monde qui paraît insensé, qui nous permet de survivre malgré le monde. Mais pour Jean, et pour nous les chrétiens, le monde n'est pas insensé, il a déjà un sens, il y a déjà un point de repère. Ce que nous donne l'amour humain est déjà présent dans le monde. C'est pourquoi on peut dire qu'il y a un amour ou une amitié qui s'y exprime. Cet amour y est présent parce que le monde est créé par le Verbe de Dieu, Jésus. C'est cet amour-là qui est véritablement essentiel à notre existence. Si nos amours humaines donnent un sens à notre vie, c'est parce qu'elles nous permettent de voir et de vivre un amour plus fondamental. C'est cet amour-là que Jésus nous offre et dans lequel il nous dit de rester. Si nous aimons humainement, notre amour ne nous défend pas contre un monde sans amour et sans sens ; ce n'est pas une solitude à deux. Il nous permet plutôt de voir qu'il y a un amour dans le monde, de voir et de vivre le sens du monde. C'est pourquoi l'amour de Dieu, l'amour de Jésus, n'est pas une alternative à l'amour d'un autre. C'est l'amour d'un autre qui nous ouvre à l'amour de Dieu. Et c'est pourquoi dans l'évangile d'aujourd'hui Jésus, en disant à ses disciples de demeurer dans son amour, leur dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Si nous ne savons pas nous aimer les uns les autres, nous ne comprendrons jamais l'amour de Dieu, et notre monde restera toujours un monde sans sens.

2e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 1, 1-8

On disait autrefois que l'Avent était une saison de pénitence ; on dit maintenant que l'Avent est une saison d'attente. C'est presque la même chose. "Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui", à Jean Baptiste, au désert. Pourquoi ? Les gens de Judée pourquoi ont-ils quitté leurs villages ? Les gens de Jérusalem pourquoi ont-il quitté leur ville, pleine de vie, centre de civilisation, pour aller à ce lieu désert, plein de rien, où il n'y avait que du sable, des rochers, de la poussière, des sauterelles et cet homme étrange, Jean le Baptiste ? Pourquoi ne sont-ils pas restés chez eux, là où ils pouvaient gagner leur vie, se nourrir, se détendre et dormir convenablement ? Pourquoi n'ont-ils pas continué de vivre leur vie quotidienne ? Marc nous dit que c'est parce que Jean proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Très bien, mais pourquoi l'a-t-on écouté, quitte à aller au désert ? Pourquoi se sont-ils convertis, et pourquoi ont-ils confessé leurs péchés ? Pourquoi ont-ils fait attention à ce prédicateur et à son message ?

Il n'est finalement pas vrai qu'on écoute toujours les prédicateurs, qu'on confesse ses péchés et qu'on se convertisse. Il y avait dans cet homme et sa prédication, à ce moment-là, quelque chose qui les a réveillés. Ils étaient mûrs, à ce moment-là, pour écouter Jean et son message de conversion. S'ils étaient pécheurs, s'ils vivaient « dans le péché », ils pouvaient à tout moment se convertir, abandonner leur vie de péché, mais ils ne l'ont pas fait. Ils étaient donc dans un certain sens contents de vivre ainsi. Mais d'autre part, ils ont répondu à l'appel de Jean. Même s'ils semblaient contents de vivre ainsi, il y avait une partie d'eux qui n'etait pas contente, qui espérait la possibilité de vivre autrement, de trouver un autre sens dans la vie. Ils n'étaient pas tout à fait immergés dans leur vie de tous les jours. S'ils vivaient dans le péché, ils vivaient aussi dans l'espérance, même s'ils ne le savaient pas. Et l'espérance crée l'attente ; on attend ce qu'on espère. Ceux qui n'espèrent pas n'attendent pas ; si on abandonne l'attente, on abandonne aussi l'espérance. (Exemple banal : Si vous cessez d'attendre le train, c'est parce qu'il ne vaut plus la peine d'attendre, parce que vous n'espérez plus qu'il arrivera, ou parce que vous n'espérez plus arriver à temps à votre destination. Vous désespérez.)

Même si on continue de vivre sa vie quotidienne, on guette ce qu'on attend. Et Jean et sa prédication correspondent aux attentes inconscientes de ces gens et les ont mises au grand jour. L'apparition de Jean leur signifie qu'ils ne se sont pas trompés en espérant, qu'il valait la peine d'attendre. Le mot grec que nous traduisons par le mot de « conversion » ou « pénitence » signifie en réalité penser autrement, comprendre les choses autrement, donc trouver un autre, un meilleur sens dans la vie.

Leur « conversion », leur « pénitence », leur « confession de péchés » n'est donc pas quelque chose de sombre, mais elle fait partie d'une célébration. C'est leur réaction à une découverte, à une nouvelle possibilité de vie, à un nouveau sens de la vie, qu'ils discernent en Jean. Ils voient une possibilité attrayante de changement de vie, et ils le saisissent. Ce n'est pas parce qu'ils se culpabilisent qu'ils confessent leurs péchés ; ils rejettent leur ancien style de vie, leur ancienne façon de comprendre la vie, parce que Jean leur a montré une meilleure possibilité, un sens plus satisfaisant, qui rend plus heureux. Cette conversion ou pénitence, ce rejet d'un mode de vie moins satisfaisant, est une préparation pour vivre une vie plus satisfaisante.

Ils croient voir en Jean l'accomplissement de leur espérance, le but de leur attente. En fait, ils se trompent, mais pas parce que leur espérance est fausse et leur attente vaine. Ils se trompent parce que Jean n'est pas celui qu'il faut attendre. Jean est, lui aussi, dans l'attente, il espère. Celui qui correspondra vraiment à leurs espérances, celui qu'ils attendent en réalité, même s'ils ne le savent pas, c'est Jésus. Le véritable sens de la vie, c'est Jésus. Et Jean le sait. L'Avent est une saison d'attente, et nous l'observons pour marquer que notre vie, comme celle des habitants de la Judée et de Jérusalem, est une vie d'attente, même si nous n'en sommes pas toujours conscients. Nous attendons, comme eux, parce que nous ne sommes pas tout à fait immergés dans la vie de tous les jours. Nous attendons parce que nous espérons ; mais, contrairement aux juifs qui ont répondu à l'appel de Jean, nous savons avec Jean ce que nous attendons et ce que nous espérons. Attendons donc avec confiance.

Jeudi Saint

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Triduum pascal
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Le repas de ce soir, la mort demain et le matin de la résurrection sont les phases d'un même mystère : c'est l'heure de Jésus. Dans sa conscience, tout se résume dans cette réalité : "il passe de ce monde à son Père " un passage à la fois douloureux et heureux. La seule explication de cet aspect douloureux est l'amour. Un amour qui va jusqu'au bout : 'Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout".

Dans certaines cultures, en plus de son utilité biologique et sociale, le repas remplit divers fonctions symboliques. Les deux premières lectures de ce soir rendent compte de la signification religieuse que juifs et chrétiens reconnaissent à certains de leur repas.

Ainsi, l'Exode nous décrit le repas rituel de la Pâque juive, célébré chaque année en souvenir de la sortie d'Egypte. Le texte invite les convives à prendre ce repas de fête "en toute hâte, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Pourquoi cette précipitation ? Si non parce que l'on fête le "passage" du Seigneur, lequel entraîne son peuple vers le pays de la liberté.

Evoquant le repas comme mémorial de la mort du Seigneur Jésus, Paul s'indigne des dérives qui méprisent le Ressuscité dans la personnes des affamés de la famille chrétienne de Corinthe.

Jean, de son côté, afin de sauvegarder la pureté du souvenir de Jésus et par conséquent l'authenticité des rites chrétiens, substituera au récit de l'institution du repas un geste-testament : le lavement des pieds. Or, en ce temps-là, ce service était réservé aux esclaves. L'auteur précise que Jésus qui s'apprêtait à accomplir ce geste servile "savait qu'il était venu de Dieu et qu'il retournait à Dieu " ' Il place ainsi le Verbe éternel fait chair en situation d'esclaves au pieds de ses amis. L'incident de Pierre essayant de refuser ce service met en évidence cette signification. La réponse de Jésus "Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi", montre que le refus de ce geste déconcertant équivaudrait à un rejet de l'envoyé de Dieu lui-même, dont toute la vie terrestre fut un service...

"C'est un exemple que je vous ai donné, dit Jésus, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. " Voilà donc ce que devrait être l'attitude des convives du repas du Seigneur. Le sens profond de l'eucharistie est de rassembler des hommes animés de l'esprit de service. Le sacrement ne peut être réduit ni à un rite magique ni à un repas sacré. Il devrait être signe d'unité et construction d'une communauté d'amour ou chacun se met au service de tous les autres, à commencer par les plus pauvres.

Dans le Nouveau Testament, d'autres récits nous rapportent des conflits, des oppositions qui auraient pu être mortelles pour les jeunes communautés. Ce qui ramènera l'unité, c'est toujours le souvenir de Jésus, de ses paroles et de ses choix. Paul, dans l'épître aux Galates nous garde ainsi le souvenir d'une décision "oecuménique" à l'issue d'un débat violent qui pouvait ruiner l'élan missionnaire des jeunes églises. Les adversaires ont surmontés leurs divergences en reconnaissant que c'est l'homme, vulnérable, blessé, le pauvre, qui sans discussions doit réunir les chrétiens, les églises, pour le service et le partage. 'Jacques, Cephas et Jean nous donnèrent la main en signe de communion, afin que nous allions vers les païens, eux vers les circoncis. Simplement nous aurions à nous souvenir des pauvres, ce que j'ai eu bien soin de faire.

La Croix Glorieuse

Auteur: Braun Stéphane
Temps liturgique: Fêtes du Seigneur et Solemnités durant l'année
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

C'est une curieuse histoire que celle de ce serpent de bronze auquel fait allusion Saint Jean dans son Evangile. En fait, les Israëlites, emmenés par Moïse après leur fuite d'Egypte, sont encore loin de la terre promise. Ils sont dans le désert. La route est difficile. Les rouspétances et la zizanie commencent à s'installer parmi eux. Leur confiance en Moïse, et donc en Dieu, s'affaiblit. Le livre des Nombres nous raconte alors que Dieu, après avoir envoyé des serpents pour mordre les Israëlites et les punir de leur manque de confiance, a demandé à Moïse de fabriquer un serpent en bronze et de le placer au dessus d'un mat pour que tout le monde le voie et se rappelle que c'est Dieu leur vrai guide.

Le serpent de bronze est donc un signe envoyé par Dieu à son peuple pour lui rappeler qu'il doit lui faire confiance et que cette confiance peut guérir des morsures. Dans l'Evangile, Saint Jean fait le rapprochement en disant qu'il faut aussi que le Christ soit élevé ( comme le serpent sur le mat ) pour que l'on croie en Lui. Saint Jean nous dit par là qu'il faut que le Christ, après avoir vécu parmi nous, soit élevé sur la croix et, par la même, vers son père.

Mais pour nous, quel est vraiment le signe de cette croix ? Quand, sur le quai d'une gare, ou à l'aéroport, je fais des grands gestes d'adieu à un ami ou à un être cher, il se passe entre nous deux des tas de choses qu'on ne peut exprimer : c'est peut-être la tristesse d'une séparation, c'est peut-être l'inquiétude d'un départ vers l'imprévu, c'est peut-être la confiance ou l'espoir d'un départ vers un nouveau projet ou que sais-je encore ?

Tant que mes gestes sont vus du passager, il y a connivence, communication entre nous, même sans nous parler. Le geste d'adieu que je fais vers mon ami est un signe que je lui envoie, car entre nous il se passe quelque chose. Après le premier tournant, nous ne nous voyons plus. Mes gestes perdent leur sens.

Ils ne sont plus reçus et, donc, ne sont plus un signe. Saint Jean nous dit que Jésus sur sa croix est pour nous le signe envoyé par Dieu à condition que nous le recevions et que donc, une connivence s'établisse entre Jésus et nous. Sinon, sa mort n'a pas de sens.

Je peux comprendre et accepter ce que dit Saint Jean, comme je peux comprendre, si on me l'explique, que la terre tourne autour du soleil. Mon acceptation est intellectuelle mais ne change pas nécessairement ma vie. Mais alors, cet homme Jésus sur une croix, qu'est-ce que cela m'a fait vraiment ? Quel est ce signe que je reçois ? Qu'est ce qui se passe entre lui, Jésus, et moi ? Comme avec mon ami sur le quai ? Et c'est là que cela commence à devenir extraordinaire ! Car je crois que l'homme a en lui quelque chose d'extraordinaire ! Il est capable d'aimer, de parvenir à faire en lui au fond de lui-même, de la place pour quelqu'un d'autre. Une vraie place qui parfois nous encombre, nous fait mal, nous ronge de l'intérieur jusqu'à nous rendre physiquement malade. Mais aussi qui peut nous stimuler, nous enthousiasmer, nous faire reculer nos limites.

Je crois profondément que cette capacité d'aimer que nous avons tous en nous c'est quelque chose de Dieu en nous. Quelque chose que nous avons le pouvoir de faire vivre. Quelque chose qui parfois nous envahit, nous rapproche de Dieu en ressemblant à cet homme Jésus. Ce Jésus, homme comme vous et moi, dans lequel, à l'intérieur duquel, aimer ou Dieu ( c'est la même chose ) a pris tellement de place, qu'on dit qu'il est fils de Dieu !

Cet homme, appelé Jésus, nous propose un choix de vie pour être, avec lui, nous aussi, des fils de Dieu. Et je crois que communier à son corps et à son sang c'est partager avec lui ce corps capable de recevoir Dieu et lui laisser de plus en plus de place. J'ai envie de dire que cet homme Jésus a tellement aimé, a été tellement envahi par Dieu, qu'à un moment donné, son corps n'avait plus d'importance. Il avait laissé Dieu, en lui, prendre toute la place. Sur la croix, il ne reste que Dieu. En langage humain on dit que sur la croix le Christ a rejoint la gloire de son Père. Je crois que c'est cela le message de connivence avec Jésus dont nous parle Saint Jean, que c'est cela le signe de la croix.

22e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 7, 1-23

A la lecture un tant soit peu rapide de l'évangile certains d'entre nous pourraient se dire : « chouette, plus de lavage de coupes, de cruches et de plats. Fini toutes ces horribles vaisselles qui encombrent mon existence. J'ai enfin trouvé une excellente excuse : Jésus est. Mais hélas comme je vous le disais en commençant, c'est une lecture trop rapide. Et nous voilà toutes et tous repartis vers nos éviers respectifs.

Ce qui est, par contre, intéressant dans ce passage de l'évangile proposé ce matin, c'est que le Christ se situe et nous situe par rapport à la loi, quelle qu'elle soit, même celle qui provient de Dieu, celle dont Moïse nous parle dans la première lecture. Les scribes et pharisiens honoraient Dieu des lèvres, mais leurs coeur était loin de Lui. Comme si la loi était, pour Jésus, non pas un commandement mais plutôt un processus, une lente maturation qui nous invite à intérioriser celle-ci, à se la réapproprier pour véritablement la faire nôtre. Une loi des lèvres et loin du coeur est une loi sèche, sans fondement. Elle ne vit pas et conduit souvent l'autre à une mort spirituelle certaine. En effet nous laisse entrevoir l'Ecriture, peu à peu, au fil des générations, de Moïse à Jésus, les hommes n'ont plus compris le sens de la loi. La loi est alors vidée de son contenu. C'est ce que Jésus nous invite à vivre ce matin : redonner tout simplement sens à toutes ces lois dont nous avons besoin pour vivre d'abord avec nous-mêmes et puis avec les autres.

Pour ce faire, il y a lieu de d'abord tenter de comprendre le pourquoi de la loi ? Et même si je suis juriste, je trouve cette tâche ardue. Pourtant, il y a un pourquoi. En s'incarnant dans notre monde, en prenant notre condition, Dieu, Celui que nous appelons Fils a voulu nous permettre de comprendre le sens premier de la Vie, de notre Vie. Dans sa générosité, il nous a laissé une recette miracle, c'est-à-dire la loi par excellence, la seule véritable, celle de laquelle découle toutes les autres : la loi d'Amour. Notre expérience de tous les jours nous fait découvrir que cette loi est bien difficile à pouvoir réaliser et à suivre à chaque instant. Nous nous laissons souvent dépassé par la vie. Or c'est cette loi de nous aimer les uns les autres qui est la plus importante. C'est elle qui demande à être méditée, intériorisée, ruminée même pour faire partie intégrante de notre coeur. D'ailleurs, si nous avions la certitude que Dieu était au milieu de nous et qu'il se cachait derrière les traits de l'un ou l'une d'entre nous, ne croyez-vous pas que nous changerions d'attitude les uns vis-à-vis des autres. L'être ne serait plus simplement perçu comme humain mais comme lieu possible où se révèle le divin. Je reconnais, que je suis sans doute entrain de rêver. C'est pourquoi, face à cette réalité, nous avons besoin d'un ensemble d'autres lois, comme les dix commandements par exemple.

Nous insérant dans la chaîne de l'humanité, recevant des traditions, en plus de lois, nous vivons également de rites, comme le rappelle l'évangile. Il n'y a pas lieu de les sous-estimer, de les mépriser. Nos vies en sont remplies. Alors êtes-vous en droit de vous demander, pourquoi Jésus est-il si dur avec les scribes et les pharisiens ? Ils accomplissaient les rites et les commandements. Il n'y avait pas lieu d'avoir une telle attitude à leur égard. La réponse à une telle question peut vraisemblablement se trouver dans la phrase suivante : « ce peuple m'honore avec ses lèvres, mais son coeur est loin de moi ».

Puisque la loi est d'abord loi d'amour, c'est dans le coeur que celle-ci doit résider. Cependant, comme elle nous semble si difficile à réaliser dans notre quotidienneté, nous sommes heureux d'avoir ces garde-fous, ces balises que nous appelons commandements et rites. Ils sont importants car ils nous permettent de nous évaluer nous-mêmes. Ils sont donc avant tout des critères d'auto-évaluation que nous nous donnons à nous mêmes. Nous avons besoin de lois et de rites mais d'abord pour nous. C'était cela, je crois l'erreur des scribes et des pharisiens. Nous n'avons jamais, ô jamais, à utiliser lois et rites comme critère de condamnation pour autrui. Nous n'avons pas à jouer à Dieu. Seule la loi d'Amour doit nous suffire.

Le Christ nous pose alors la question suivante : et nous, aujourd'hui, vivons-nous avec l'esprit des lèvres ou du coeur ? Jugeons-nous, condamnons-nous ou prenons-nous le temps de d'abord nous évaluer pour vivre de cette merveilleuse loi d'Amour ? A chacune et chacun de trouver sa réponse. Elle n'est pas dans des rites, elle est tout simplement, tout divinement, en nous.

Amen.

22e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

En ce temps-là, les hommes avaient bien cru qu'ils avaient réussi à faire Dieu prisonnier. Ils l'avaient enfermé dans le Temple. Ils avaient rangé Dieu comme on range un bijou dans sa boite.

Dieu était donc prisonnier derrière les grands murs. Les prêtres le gardaient et sauf eux, personne n'avait le droit de rentrer dans la cellule de Dieu. Les gens venaient au Temple pour passer leur commande à Dieu. Dieu était comme un père Noël dans un grand magasin.

"Seigneur, donne-moi le beau temps pour mon blé... "Seigneur, fais que mes affaires marchent bien... "Seigneur, fais réussir les examens à ma fille... Et pour payer Dieu, il fallait acheter des moutons, des taureaux, des agneaux, des colombes, des pigeons... Dans les villages, on pouvait aussi passer ses commandes à Dieu, en s'adressant aux hommes lettrés, aux malins ou aux scribes.

"Seigneur, donne-moi beaucoup d'agent... "Seigneur, guéris-moi et donne-moi la santé... Mais pour obtenir satisfaction, il fallait imiter les savants et les sages et respecter les traditions dictées par les plus religieux : lavage des mains, des coupes, des cruches et des plats.

Ce jour-là, Jésus en a assez de tous ces marchands de prières et de tous ces voleurs de Dieu. Aussi, proclame-t-il la critique que faisait autrefois le prophète Isaïe : "Ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi" Jésus a toujours combattu cette séparation faite entre les soi-disant purs et les impurs : entre ces prêtres, ces scribes, ces pharisiens qui prétendent être proches de Dieu parce qu'ils connaissent ses lois jusque dans le moindre détails et tous les autres ignorants les conditions pour s'approcher de Lui. Jésus s'est opposé à la séparation que tous faisaient entre ceux qui se croyaient jutes et les pécheurs, les collecteurs d'impôts, les malades, le petit peuple et les païens.

Depuis Jésus, Dieu n'est plus prisonnier. Il n'est plus la propriété de quelques orgueilleux qui se croient justes. Il n'habite plus le Temple, à la disposition de ses seuls gardiens, les prêtres. Sa vraie maison, c'est le coeur de l'homme.

La communauté des chrétiens n'a jamais oublié ces combats que Jésus a menés, au nom de l'amour que Dieu porte à tous les hommes sans exception, au nom de l'amour préférentiel que son Père a en faveur des exclus de la société. Ainsi, quand dans la communauté Matthéenne, la question s'est posée de savoir si l'on pouvait annoncer l'évangile aux païens, si l'on pouvait manger à la même table et partager l'eucharistie avec des incirconsis et des non-juifs convertis, la réponse a été oui.

Cela demeure vrai pour l'église aujourd'hui. Nul ne peut être exclu de la Bonne Nouvelle, ni à cause de la couleur de sa peau, ni à cause de sa race, de son manque de culture, de sa pauvreté, ni de sa misère spirituelle. Personne ne peut être écarté de l'Eucharistie parce qu'il en serait soi-disant indigne : Dieu seul peut juger ce qui se passe à l'intérieur des conscience. Aujourd'hui, nous ne pouvons dire de personne : il n'y a rien à attendre de lui ! Il n'en vaut pas la peine ! Tout est perdu d'avance !

3e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle

Jésus arrive en Galilée et prêche. Marc ne nous explique pas les détails de cette première prédication, mais il nous en donne l'essentiel : « Le royaume de Dieu est proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Quelque chose se passe, quelque chose arrive : le royaume de Dieu s'approche. Pour répondre à cette approche il faut que les gens aussi fassent quelque chose pour se préparer : « Convertissez et croyez à la Bonne Nouvelle ». Il est comprehensible qu'on doive se convertir. Vivre avec le Dieu qui s'approche n'est possible que si on s'oriente vers lui. Il y aura un changement radical dans les circonstances de la vie, et pour vivre dedans il faut aussi un changement radical de son façon de vivre. Mais pourquoi « croyez à la Bonne Nouvelle » ? A première vue, il semble un peu curieux de demander à quelqu'un de croire à une nouvelle. Normalement, on l'annonce simplement. Ceux qui annoncent les nouvelles tous les jours à la télévision et à la radio ne disent pas : « Tel événement vient d'arriver ou va arriver. Croyez-y ». Une différence dans l'évangile, c'est que la foi est très liée à la conversion. Selon Jésus, il faut se convertir, il faut agir. Et on agit normalement selon ce qu'on croit. Si on ne croit pas qu'il va pleuvoir, on ne prends pas son parapluie avec. Quand Jonas va à Ninive, ce n'est pas pour proclamer de bonne nouvelle, même pas de menace ; c'est plutôt une condamnation absolue : dans quarante jours, Ninive sera détruite. Jonas vient de l'extérieur, un étranger inconnu, mais les habitants croient quand-même à son message. Et c'est parce qu'ils croient qu'ils agissent, qu'ils changent radicalement leur style de vie et se mettent à la prière. De même, si on ne croit pas que le royaume de Dieu est proche, on ne change pas sa manière de vivre. La croyance, la foi, ce qu'on croit, est fondamental dans la vie. Mais cet impératif « croyez ! » est quand-même fort. Jésus insiste, ici, et partout dans l'évangile, sur la croyance, la foi. Normalement, on insiste pour dire aux gens de faire quelque chose s'ils ont tendance à ne pas le faire. Jésus à besoin de nous dire « Aimez vos ennemis » précisément parce que nous avons tendance à ne pas les aimer. S'il dit « croyez » c'est donc peut-être parce que nous avons tendance à ne pas croire.

Les premiers disciples, qui répondent à l'appel de Jésus, répondent sans doute aussi à sa prédication, à sa demande de conversion et de foi. L'évangile d'aujourd'hui n'est pas que le récit de l'appel des disciples, un récit qui nous montre la force de l'appel de Jésus. C'est aussi un récit de conversion, d'un changement radical dans la vie de ces pêcheurs. Et il peuvent se convertir parce qu'ils croient au message de Jésus. C'est parce qu'ils croient que ces disciples deviendront à leur tour les messagers de la Bonne Nouvelle, demandront aux autres de croire.

Si ces premiers disciples arrivent à croire au message de Jésus, il n'est pas évident de pouvoir croire. Le première difficulté est peut-être Jésus dit que son message est une bonne nouvelle. Si les habitants de Ninive croient à la mauvaise nouvelle qu'annonce Jonas, il y beaucoup de gens qui trouvent difficile de croire à la bonne nouvelle qu'annonce Jésus. C'est peut-être quelque chose de pessimiste ou sceptique dans la nature humaine, mais on est souvent plus prêt à croire à une mauvaise nouvelle qu'à une bonne. Et ils y a ceux qui sont tellement impressionnés et accablés par les problèmes de la vie, de la pauvreté, de la faim, de l'oppression, de l'injustice, qu'ils croient que c'est impossible que les choses changent radicalement. Leur réponse à Jésus est : Non, ce n'est pas vrai, je refuse de le croire, c'est un rêve.

Il y a aussi ceux répondent en disant : Très bien, mais j'ai trop à faire. Si André, Simon, Jean et Jacques suivent Jésus, Marc ne nous dit pas combien de pêcheurs et de paysans refusent parce qu'ils ont leur boulot à faire, combien de personnes n'écoutent même pas parce qu'ils sont trop immergés, pas dans la souffrance mais dans le travail et les affaires du monde. Ce sont des gens qui refusent de croire parce qu'ils refusent de se convertir, de changer de mentalité et de vie.

Et il y ceux qui croient qu'il y a peut-être une bonne nouvelle à proclamer, mais que ce n'est pas pour eux, c'est pour les autres. Ce sont ceux qui se sentent exclus, peut-être parce qu'ils sont vraiment exclus, méprisés par les bonnes gens, comme les publicains et les prostituées dont parlent les évangiles, ou bien ceux qui, tout en étant des membres respectés de leur société, ne se respectent pas eux-mêmes, ceux qui se détestent, qui ne parviennent pas à se pardonner. Il est donc impensable que Jésus, que Dieu s'adresse à eux.

Mais Jésus s'adresse quand-même à toutes ces gens. Il dit : qui que vous êtes, si vous êtes immergés dans la souffrance ou dans les affaires du monde, si vous êtes exclus de la société ou que vous vous excluez vous-mêmes, il y a vraiment une bonne nouvelle, et c'est vraiment pour vous. Croyez. Un disciple est quelqu'un peut répondre positivement à cette parole. Croyons donc à la bonne nouvelle.

2e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

J'ai beau lire et relire ce texte d'évangile dans tous les sens, il manque toujours un clou dans cette histoire, celui des pieds et je ne comprends pas pourquoi. Certains prétendent que c'est parce qu'on les liaient plutôt que les clouaient. Je n'en sais rien et ne je vous ferai pas l'affront de la théologie du clou manquant. Je voudrais m'arrêter quelques instants sur cet étrange de personnage de Thomas.

J'irais même plus loin, je suis heureux qu'il ait existé cet homme et que l'évangile nous en parle, il remet un peu d'humanité, de doute face à cet événement de la résurrection. La résurrection s'est bien produite, nous l'avons célébrée la semaine passée. Grâce à Thomas, nous pouvons nous poser quelques questions sur la réalité de ces faits extraordinaires.

Thomas ne croit rien de cette histoire abracadabrante, ils ont vu le Christ prétendent-ils. Possible mais il veut le voir pour le croire Absence certaine de foi en un événement, cela n'empêche qu'il sera quand le premier à crier au Christ : « mon Seigneur et mon Dieu ». Le cri de Thomas devient l'espérance de la foi. Son doute nous donne la conviction de la foi. Un Thomas surprenant, un Thomas convainquant. L'on raconte sur lui une jolie histoire.

Après la mort de Jésus, les disciples divisèrent le monde entre eux de telle sorte que chacun puisse aller prêcher l'évangile. Thomas reçut l'Inde. D'abord il refusa, arguant du fait qu'il n'était pas assez solide pour faire un tel voyage. Il disait : « Je suis un hébreu, comme puis-je aller au milieu des Indiens pour prêcher la vérité ? » Une nuit Jésus lui apparut et dit : « ne crains pas Thomas, va en Inde et prêche l'évangile, je serai avec toi ». Mais Thomas, têtu comme une mule refusa : « envoie-moi où tu veux mais pas en Inde, je n'irai pas ».

Par un heureux hasard, un marchand se nommant Abbanes vint d'Inde à Jérusalem. Il fut envoyé par le roi Gundaphorus pour trouver un charpentier compétent et de le ramener en Inde or Thomas était charpentier. Jésus vint alors au marché où se trouvait Abbanes et lui demanda : « veux-tu acheter un charpentier ? ». Celui-ci répondit : « oui ». Jésus dit alors : « J'ai un esclave qui est charpentier et je désire le vendre , il est là-bas » et Jésus pointa Thomas. Ils se mirent d'accord sur un prix et conclurent un contrat. Quant l'affaire fut conclue, Jésus conduisit Abbanes à Thomas. Le marchand lui demanda : « est-il ton maître ? » et Thomas répondit : « bien sûr ! ». Alors Abbanes lui dit : « je t'ai acheté ». Thomas ne dit rien mais le lendemain matin, il pria le Seigneur en disant : « j'irai où tu m'enverras Seigneur Dieu, que ta volonté soit faite ». Thomas l'incrédule, le lent à comprendre, le têtu qui met du temps à faire la volonté de l'autre. Par contre, quand il abdique, alors son attitude devient totale tout comme son cri mon Seigneur et mon Dieu.

L'histoire nous dit alors, que le roi Gundaphorus commanda un palais à Thomas. Le roi lui donna beaucoup d'argent pour acheter le matériel, louer le personnel, mais Thomas donna tout aux pauvres. Et il racontait que le palais avançait rapidement. Le roi se posa quelques questions et demanda à Thomas s'il avait bâti le palais. Thomas répondit que oui et le roi proposa d'aller le voir ensemble. Mais l'apôtre lui dit alors avec beaucoup de tendresse et de conviction : tu ne le verras pas maintenant, tu dois d'abord quitter cette vie pour le voir. Le roi fut d'abord très fâché puis touché par l'histoire de Jésus et il se convertit.

Pour Thomas, la foi n'était pas quelque chose de facile, l'obéissance n'allait pas de soi. Il était l'homme qui avait besoin d'être sûr, d'évaluer les coûts. Mais une foi qu'il était sûr, qu'il avait bien évalué les coups, alors l'apôtre devenait l'homme capable d'aller jusqu'aux limites de la foi et de l'obéissance. Tout ceci pour vous dire, que l'évangile de ce soir nous invite à oser douter, à nous poser les vraies questions par rapport à Dieu, car le Christ sait que c'est dans nos doutes que nous trouverons la force de le suivre, de nous donner tout entier à son projet. Grâce à Thomas, par delà nos doutes et nos questions, nous osons nous laissez envahir par la première larme du bonheur que ce soir encore nous appelons : Seigneur.

Amen.

7e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les garder du mauvais.

C'est la prière de Jésus pour ses disciples. Il traite de la "Difficulté d'être chrétien" Jésus dit en effet que nous sommes dans le monde, sans être du monde. L'intention est claire : il s'agit d'être un homme à part entière, immergés dans les luttes, les espérances et les combats du monde, et garder cependant une distance. Il ne s'agit pas du repli superbe de celui qui se tiendrais sur la berge du fleuve et contemplerait son agitation, mais d'une distance qui serait fraternelle. Il s'agit de ne pas se confondre avec le monde sous peine de n'avoir plus rien à dire, plus rien à lui apporter et donc faillir à sa mission.

Mais si l'intention est claire, il s'agit en réalité d'un chemin de crête, car il faut tenir à la fois deux choses. Il serait facile de n'en affirmer qu'une, de choisir. Etre dans le monde. Comme Jésus doit aimer ceux qui se portent avec un grand élan fraternel vers le monde, qui explorent des voles nouvelles, aux marches de l'Eglise, ceux qui prennent des risques, même s'ils commettent des erreurs.

Ne pas être du monde. Savoir lui dire non : c'est encore une façon d'aimer. Non au culte de l'argent et à l'avarice, non à l'injustice et à l'exploitation de l'homme par l'homme, non à l'oppression, non à la violence et au racisme. Même si tout le monde court après l'argent, même si tout le monde triche, même si tout le monde commet l'injustice. La vérité n'a rien à voir avec le nombre des gens qu'elle persuade. L'Eglise dont je rêve... Alors mon Eglise, celle dont je rêve, celle que j'appelle de mes voeux, n'est pas seulement une, sainte, catholique et apostolique. Elle a d'autres caractéristiques : C'est d'abord une Eglise fraternelle, ai trop pyramidale, ni trop hiérarchique, mais faite de frères et de soeurs. Tout le monde s'y sent à l'aise et ose s'exprimer parce que personne n'y a peur de personne. C'est une Eglise de gauche puisque les frères de gauche sont mes frères et une Eglise de droite puisque les chrétiens de droite le sont aussi. Elle est aussi peu Bonapartiste et Gaulliste que possible En elle, il n'y a pas de personnage messianique, ni de gourous pour dire ce que je dois faire Elles est faites d'hommes libres qui s'écoutent mutuellement, ou plutôt qui écoutent ce que l'esprit leur dit par la bouche de leurs frères.

Mon Eglise est ensuite une Eglise en recherche. Elle n'a pas de réponse à tout. Elle est le grand rassemblement de tous ceux qui voudraient percer le secret de Dieu. Elle est humble. Souvent elle a plus de questions que de réponses. On la voit aux côtés de tous ceux qui cherchent en vérité.

Mon Eglise est enfin engagée. Elle a compris qu'il ne suffit pas de pratiquer la charité d'une manière artisanale, mais qu'il faut s'attaquer aux causes de la pauvreté. Ou plus exactement qu'il importe souvent de faire l'un et l'autre. C'est pourquoi mon Eglise est entrée en politique comme on disait jadis d'une personne qui est entrée en religion. Ou rassurez-vous, si elle pousse à l'engagement politique, elle ne vous dira plus pour qui il faut voter ? Car rien n'est plus détestable qu'une Eglise appelant à voter à gauche à cause des exigences de la justice qu'une Eglise appelant à voter à droite pour la défense des valeurs traditionnelles. Telle est mon Eglise. Elle existe déjà. Voulez-vous bien que nous travaillons ensemble à la faire naître davantage. Ce serait un fruit de la Pentecôte. Ce serait l'accomplissement de la prière du Christ.

12e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Depuis de longs mois, dans sa vie, c'était la nuit profonde. Il se rappelle encore du temps où c'était la pénombre. Par contre, quant aux jours de clarté, c'est comme si on écrivait un conte. Seul, au plus profond de sa solitude, il se demandait si un jour, la lumière brillera à nouveau dans sa vie. Si encore, c'était gris, mais non, même pas, tout était vraiment noir. Il était écrasé, terrassé par le poids des soucis, des drames, des malheurs sur lesquels il n'arrêtait pas d'aller de trébuchements en trébuchements. Etait-ce la chance qui avait tourné ? Qu'avait-il fait au bon Dieu pour mériter un tel sort ? Comme si, le sens n'avait plus de sens. Il voguait par delà les ruelles la vague à l'âme, regardant sans regarder, enfoui dans ses pensées. Jusqu'au jour, jusqu'au crépuscule d'une nouvelle vie, où il remarqua quelque chose dans l'étalage d'un magazin qui vendait à la fois tout et rien : un brolle winkel, aurait dit ma grand-mère. Son regard intrigué se mit à contempler un objet que les mots ne pouvaient définir mais dont l'étiquette indiquait tout simplement « fragment de bonheur trouvé au paradis ». « Fragment de bonheur trouvé au paradis ». Drôle de nom pour un objet, drôle de titre également pour une homélie. Et pourtant, je crois qu'il réflète assez bien l'évangile de ce matin (soir), surtout si nous acceptons d'en faire une lecture pour aujourd'hui.

Parfois, la vie peut nous submerger de problèmes, de difficultés. Ces derniers font des vagues dans nos quotidiennetés et peuvent se transformer en véritable tempête de doute, de tension ainsi que d'inquiétudes. Lentement mais sûrement nous sentons nos certitudes couler au coeur de cet océan houleux. Nos forces s'amenuisent et nous n'arrivons plus à ramer à contre courant. Un vertige nous prend face à ce tourbillon dont on ne voit plus le fond. L'eau devient un danger réel.

Mais malgré cela, au coeur de ma propre tourmente me revient à l'esprit, cette superbe phrase du Pasteur d'Hermas : il faut construire sur du solide, c'est-à-dire sur de l'eau. L'eau du baptême, celle qui nous conduit à nouveau vers Jésus, celui qui sommeille à l'arrière de nos barques respectives. Doucement, tendrement, comme s'il ne voulait pas que sa présence nous envahisse et nous empêche d'avancer, de continuer, il se réveille et dit à notre vent : « silence, tais-toi ». Non pas un ordre impératif, dictatorial mais plutôt une invitation à un retour, à une certaine paix.

Jésus, le Christ, par son injonction à la mer, nous rappelle nous dit le livre de Job qu'il est également Dieu. Un Dieu proche de ses disciples, un Dieu qui se repose mais qui ne demande qu'à être réveillé pour nous guider au travers de notre propre tempête. Il nous invite à retrouver en nous cette paix intérieure, ce silence tout habité de sa présence. Lorsque nous sommes submergés, Jésus nous rappelle que contrairement à ce que nous pensons, nous ne sommes pas seuls à traverser cette vallée de larmes, qu'il peut, mais seulement si nous le souhaitons, être un Dieu qui nous conduit vers cette redécouverte d'un bien-être intérieur. Il nous convie à refaire le pari de la confiance. Lui, il est Dieu. Nous, nous ne le sommes pas. Arrêtons alors de jouer à Dieu, seul ou avec d'autres, en voulant tout résoudre par nous-mêmes. Il y a des situations qui nous dépassent. Dieu ne nous dépasse-t-il pas par définition. Tournons-nous vers lui et offrons-lui les tempêtes de nos vies. Je ne crois pas qu'il résoudra tout. Par contre je suis convaincu qu'en me tournant à nouveau vers lui, il m'aidera à retrouver une paix intérieure qui me permettra de prendre la distance nécessaire par rapport aux événements douloureux que je peux traverser. Par son injonction, il nous montre un chemin possible. « Tais-toi », signifie ne parle pas, mais également abandonne-toi, laisse-toi aller, donne-toi, ne fais pas seulement silence mais sois silence. Les mots ne sont plus nécessaires, je t'ai compris. Un sentiment suffit. C'est cette distance-là avec nous-mêmes qui nous permettra de reprendre un chemin possible de vie.

Aujourd'hui, lorsque Jésus nous dit : « silence, tais-toi », il nous offre, je crois, « un fragment de bonheur trouvé au paradis ». Puissions-nous alors un jour répondre à sa question : « pourquoi avoir peur ? ».

23e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Il faut avoir un fameux sens de l'humour, me semble-t-il pour oser demander à une personne sourde et muette qui recouvre deux de ses sens, ainsi qu'aux personnes qui ont assisté à cette guérison, de ne rien dire. Qui d'entre nous lorsqu'il ou elle vient de vivre un moment important de son histoire personnelle, un temps inoubliable et inexprimable n'a pas envie de le partager, le chanter, le crier à tous ceux et celles qui l'entourent. Etonnant alors que le Christ leur demande de se taire. Ou alors, Jésus avait peut-être compris que ce miracle, cette guérison n'était qu'un moment particulier, singulier de l'histoire de notre humanité. Et que pour qu'un tel événement puisse être vraiment fêter, célébrer, le Christ espère la guérison de toutes les surdités et de toutes les formes d'attitudes muettes.

Il y aurait sans doute un danger à croire que cet évangile ne s'adresse qu'aux personnes atteintes de ces types de vulnérabilités, de fragilités dans leur chair. Nous ne pouvons nous leurrer, cet extrait concerne également le fait d'être muet et les surdités qui coexistent en nos coeurs. Combien d'entre nous n'ont pas fait l'expérience, lorsqu'ils souhaitaient partager un incident, un événement important de leur histoire, se voir soudainement couper par leur interlocuteur qui ramenait alors tout à lui ou à elle. Dans de nombreuses discussions n'avons nous pas la tendance à ne pas écouter l'autre jusqu'au bout pour lui faire connaître d'abord nos convictions, nos idées. Nous ne vivons plus une discussion, un débat mais plutôt une joute oratoire où tout le monde sort perdant puisque nous sommes passés à côté d'une véritable rencontre humaine, en croyant que communiquer c'est tout simplement devoir donner son avis plutôt que d'essayer ensemble d'avancer sur une question, une problématique. Si tout ceci est tellement vrai, comment alors espérons-nous être capable d'entendre les signes vivants de Dieu parmi nous, si nous ne sommes pas à même de nous écouter les uns les autres. Or le Seigneur continue à s'adresser à nous par divers signes. Ce serait également une erreur de croire que notre surdité n'existe que vis-à-vis de l'autre qu'il soit parent, enfant, ami ou simple connaissance, ou encore vis-à-vis de Dieu qu'il soit Père, Fils ou Esprit. Non, nous devons nous rendre à l'évidence que cette surdité se vit également par rapport à nous-mêmes. Combien de fois, n'écoutons-nous pas les signes alarmants de nos corps. Ce qui conduit parfois certains et certaines d'entre nous à des catastrophes irréversibles. Pire encore, est cette surdité intérieure en lien avec notre coeur. Puissions-nous entendre cette phrase de Jésus, « ouvre-toi ». Oui, mais pour pleinement t'ouvrir aux autres, ouvre-toi d'abord à toi-même. Ecoute ton coeur, écoute ce que tu ressens au plus profond de toi, refuse de te fuir. Alors seulement, fortifié par ce temps d'écoute offert à ton coeur, tu peux commencer à parler, à quitter ce monde intérieur de silence dans lequel tu t'étais cloisonné.

S'ouvrir à soi, c'est donc être capable de se donner à nouveau la parole pour dépasser ses peurs ainsi que certaines convenances qui n'ont plus de raison d'être aujourd'hui. C'est vouloir réinstaurer un type de communication fondé sur la vérité de ce que l'on ressent, pour qu'une véritable rencontre puisse se vivre et s'épanouir. Retrouver la parole, renouer avec le langage du coeur, c'est prendre la responsabilité de laisser se répandre sa sensibilité, ses sentiments. Finalement, les seules choses qui véritablement importe au cours de cette vie sur cette terre. C'est donc entendre une rumeur en soi, dans le pli d'un silence. Refuser d'être muet, c'est oser se dépouiller d'une partie de son âme, se réjouir de ce rapt tout intérieur. Voilà de quoi nous souffrons sans doute le plus lorsque nous sommes muets avec nous-mêmes, c'est de ne pas assez voler dans notre coeur, de piller dans nos sentiments pour nous laisser véritablement déposséder. Vivons de ce rapt, seulement alors la parole coulera à nouveau par nos lèvres, de notre coeur, comme une source d'eau claire et limpide. Trop souvent nous restons sourd et muet, et si le miracle de Jésus était aussi pour nous aujourd'hui.

Amen.

Adrien Candiard : A Philémon

Marcel Braekers : Meister Eckhart