3e dimanche de Carême, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps du Carême
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jésus trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs [et] renversa leurs comptoirs. C'est une des scènes les plus difficiles de l'évangile . Il y a des scènes choquantes dans l'évangile, notamment les scènes de la Passion, où nous sommes confrontés à une violence et à une cruauté indicibles. Mais nous sommes malheureusement habitués à la violence humaine. Nous savons bien que nous, les être humains, sommes capables de violence et de cruauté. Mais la violence de Jésus, c'est autre chose. Jésus n'est pas censé être comme nous, mais meilleur que nous. Il nous enseigne l'importance capitale de l'amour, de la patience, du pardon, de ne pas se rebiffer contre les injustes et les violents. Il nous dit : « Venez à moi... Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur » (Mt 11:28-29). Et c'est pourquoi cette scène de la purification du Temple est choquante. Qu'est devenue la douceur de Jésus ? Jean nous dit que les disciples, en voyant ce que faisait Jésus, se sont rappelés le verset du psaume 68 : « L'amour de ta maison fera mon tourment ». Mais même si Jésus a fait ce qu'il a fait par amour de la maison de Dieu, est-ce que cela justifie sa violence ? Comment Jésus peut-il agir violemment tout en nous disant de renoncer à la violence ? Il y a une contradiction, semble-t-il. Peut-il rester notre modèle ?

Si ceci est notre question, ce n'était pas la question la plus évidente pour les gens de l'époque. Nous trouvons cette scène dans tous les quatres évangiles. Il ne semble donc pas qu'elle soit gênante pour l'église primitive. Et les Juifs qui étaient là n'ont pas réagi en déplorant la violence de Jésus ou en lui rapprochant la contradiction entre son enseignement et sa conduite. Ils lui disent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Pour eux, ce qui justifierait ce geste de Jésus n'est pas une explication, mais un signe. Le signe qu'il faut est un miracle, ou quelque chose qui montre que Jésus a une autorité divine. Cela montrerait que sa violence vient, elle aussi, de Dieu. C'est-à-dire que pour eux l'intérêt de ce geste de Jésus est la possibilité que par son biais Dieu leur parle. Pour eux, le geste de Jésus est peut-être un geste, une parole, un signe de Dieu. Et Jésus leur parle du signe de la résurrection. « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » ; et le temple dont il parlait, nous dit Jean, était son corps. Quand Jésus ressuscitera, ils comprendront ce que signifie son action, et ils sauront que Dieu est dedans.

Jésus, en mettant dehors tous les marchands, voulait en fait accomplir une prophétie du prophète Zacharie, dans le tout- dernier verset du livre de Zacharie, où le prophète parle du jour de la grande bataille où Dieu lui-même va apparaître. En ce jour-là, le temple et tout ce qu'il y a dedans sera saint, consacré à Dieu ; et en ce jour-là, dit-il, « il n'y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur le tout-puissant » (Za 14:21). En purifiant le temple, Jésus dit que cette prophétie s'accomplit, que c'est la fin, que Dieu lui-même est là. Et c'est la résurrection, quand le temple son corps sera relevé, qui montrera que Dieu est présent en lui, et que c'est son corps qui est le vrai temple, la véritable demeure de l'esprit de Dieu.

Si la violence de son geste reste quand-même choquante pour nous, il faut dire que la violence est parfois nécessaire quand il s'agit d'un signe spirituel, un signe qui concerne ce qui est fondamental dans la vie humaine. Le but d'un signe est d'ouvrir nos yeux à quelque chose que nous ne voyons pas. Parfois, nous ne voyons pas parce que, pour le moment, nous faisons attention à quelque chose d'autre, et il suffit de nous rappeler doucement l'essentiel. Mais, parfois, nous ne voyons pas parce que nous sommes endormis, ou parce que nous sommes totalement pris par inessentiel et immergés dedans. Dans le temple, ç'aurait été une rencontre inutile si Jésus avait dit doucement aux marchands : « Messieurs, auriez-vous peut-être la gentillesse de mettre vos brebis ailleurs ? » Il fallait un geste dramatique, même violent et choquant, qui arrache leur attention et celle des autres Juifs, qui la retire de leur commerce bien-aimé, pour leur rappeler que Dieu est plus important que le commerce. De même, dans notre vie, un rappel doux n'est pas toujours suffisant ; souvent, une lecture biblique, une homélie, ne nous impressionne pas, nous le savons tous. Il faut que Dieu nous parle parfois par le biais d'un choc qui nous rende attentifs à l'essentiel. Si nous nous endormons, il nous faut être secoués pour être éveillés. C'est pourquoi, quelquefois et avec un peu de recul, nous pouvons voir la main de Dieu même dans un événement de notre vie qui nous choque ou qui nous fait mal.

5e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Ce passage de l'évangile nous présente un Jésus, annonçant à Capharnaüm la Bonne Nouvelle de l'avènement d'un Royaume des cieux, qui instaure de nouveaux rapports sociaux. Il inaugure ceux-ci en guérissant les malades et en chassant les esprits mauvais.

A la vue des malheurs de tout un peuple, Jésus ne cherche ni à expliquer ni, à plus forte raison, à justifier le mal et la souffrance. Il est pris d'une immense compassion à la vue de l'humanité souffrante et il décide d'emblée de se battre contre les préjugés et contre l'emprise du malheur. Il faut dire qu'en son temps, il n'y avait d'assurance contre la maladie et l'invalidité. On ne s'occupait pas de soigner les malades, les infirmes et tout ceux qui étaient atteints par quelque forme de désordres mentaux. Les pharisiens et les maître de la Loi considéraient volontiers que maladie, handicaps divers, infirmités n'étaient autres qu'un châtiment de Dieu. Tous ces gens ignares, qui en étaient atteint, étaient aussi incapables de connaître et bien sûr d'observer la Loi du Seigneur. C'est pourquoi ils étaient ainsi punis. Il ne fallait pas s'en occuper puisque tous ces misérables n'avaient que ce qu'ils méritent. On ne pouvait s'opposer au châtiment divin. Aussi tous ses malheureux se sentaient exclus, mis à l'écart.

Pris de pitié pour eux, Jésus se met à les guérir, en leur rendant confiance en eux-mêmes, "Ta foi, ta confiance en Dieu et en toi-même, t'a sauvé." Il les remet debout. Ainsi nous voyons aujourd'hui le Christ tendre la main à la belle-mère de Pierre et l'aider à se lever. Le soir venu, on lui amenait tous les malades et il se mit à les guérir. Etonnant Jésus qui le lendemain matin s'enfuit tout seul dans la montagne pour prier ! Ce faisant, il repousse la séduction que peuvent exercer les prouesses d'un guérisseur. Il refuse de se laisser enfermer dans le rôle d'un « messie » accumulant les succès spectaculaires. Sa mission est d'annoncer aussi ailleurs la Bonne Nouvelle du Royaume. En effet, si tous les malades, les boiteux, les aveugles, les lépreux venaient vers lui, c'était un peu comme on va chez le rebouteux quand on a tout essayé, un peu comme on attend un miracle d'un Saint, en désespoir de cause. Et cela jusqu'à ce matin, où les apôtres lui ont dit "Tout le monde te cherche". Alors il s'est rendu compte que le pèlerinage commençait, qu'on allait bientôt le porter en triomphe, faire de lui un dieu. Et il est parti, en les laissant là. Comme s'il voulait relancer la balle. En réalité, en partant ailleurs, c'est qu'il voulait que les malheureux de Capharnaüm se prennent désormais eux-mêmes en charge, que les guéris parmi eux, deviennent des guérisseurs, que les sauvés deviennent à leur tour des sauveurs.

Il est parti. Et sans doute de village en village, il a recommencé la même chose, annonçant un nouvel ordre des choses, de nouveaux rapports sociaux. En guérissant les malades, en remettant debout ceux qui étaient écrasés, en réinstallant dans les communautés humaines ceux qui en étaient exclus, en rendant confiance à chacun. Et puis, lorsque le succès grandissait, il est à nouveau parti ailleurs, forçant ainsi chacun non seulement à devenir autonome, mais les invitant à remettre debout et à rendre confiance à tous ceux qui partageait les même souffrances et les mêmes malheurs.

Il est parti. Et depuis lors, il est l'insaisissable. L'enfermerait-on dans une pierre scellée, qu'il en sortirait vivant. Et aujourd'hui, l'accaparerait-on dans un rite, dans une pratique, dans un acte religieux, qu'il s'en échappe. L'ensevelit-on dans le tombeau de nos oublis, qu'il surgit à nouveau, un jour ou l'autre, à la croisée de nos chemins.

C'est pourquoi, dans notre monde d'aujourd'hui, impitoyable et dur, le moindre geste désintéressé, le plus petit acte d'amour, devient miracle. A nous qui avons été guéris par Lui, de devenir à notre tour des guérisseurs.

3e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jn 1, 6-28

En guise de méditation je voudrais m'inspirer du dernier livre de Jeanne Bourin , Le sourire de l'ange. Cet auteur résume bien me semble-t-il le sens premier de cette valeur. L'humilité ne consiste pas à se sous-estimer, à s'écraser, voire même se nier comme certains auraient tendance à le croire. Elle exige au contraire une très haute opinion de soi. Et voilà la raison pour laquelle même un dominicain peut en parler à l'aise. Cette valeur implique de reconnaître que tous les hommes et toutes les femmes sont semblables devant Dieu. Respecter les autres, c'est en premier, poursuit notre auteur, se respecter soi-même. Comment espérer faire une place à l'autre, si au départ, je n'ai pas un minimum d'estime pour moi-même. L'humilité ne consiste donc pas à s'abaisser par une sorte de masochisme pervers, mais, au contraire à faire humblement et scrupuleusement ce que Dieu attend de nous, sans en tirer ni orgueil, ni profit. Il n'y a aucune honte à oser se dire que j'ai reçu tel don. Jean-Baptiste ne disait-il pas : « Moi je baptise dans l'eau ». Il baptise, il le sait, le reconnait et le remet à sa juste place. Ce serait un péché contre le Ciel que de laisser en jachère les dons que le Créateur nous a généreusement octroyés, non pour les étouffer, mais, au contraire, pour les faire fructifier et pour Lui rendre gloire en les utilisant pour Le remercier. L'humilité nous invîte donc à ne pas se prendre au sérieux, à vivre la vie simplement, telle qu'elle nous est donnée.

Cette qualité est essentielle parce qu'elle nous demande un travail tout intérieur de reconnaissance personnelle, d'acceptation de ses propres faiblesses et forces, de mise en oeuvre des dons reçus. Par ce chemin personnel, je fais ainsi la découverte que je trouve d'abord en moi les ressources, l'essence de mon existence. Je suis la source même de ma Vie, même si j'ai besoin d'aller m'abreuver à d'autres, quelle soient humaines ou divine. Fort de cette intime conviction je peux alors aller à la rencontre du prochain, vous savez celui qui croise mon chemin, lui donner sa propre place et parfois même l'aider à découvrir sa propre valeur. De la sorte je lui permets tout simplement d'exister, de vivre sa propre vie en dehors de toute projection à son égard. Que cela nous permette de ne jamais porter un regard hautain, voire méprisant vis-à-vis de celles et ceux dont nous avons décidé qu'ils n'étaient pas aussi bien que nous.

Amen.

3e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le désert, c'est un endroit inculte, brûlé par le soleil, où rien ne pousse, où il n'y a aucune vie. Sans doute connaissons-nous le désert du Sahara, cette immense étendue de sable pratiquement inhabitée ? Mais en Palestine aussi il y a des contrées pratiquement désertiques, lieux de silence et de calme absolu. Et aujourd'hui, dans l'évangile, nous recevons le témoignage d'un homme du désert. On ne trouve pas tous les jours des hommes du désert. Et quand on en rencontre un, on est souvent bouleversé, à la fois par son message et par la façon dont il vit. Ainsi, Jean-Baptiste apparaît dans le désert et voici que les foules sont attirées par lui et vont le voir et l'écouter. Mais l'homme du désert peut être dangereux pour ceux qui sont bien installés. Il peut tout déstabiliser ! Alors, les grosses têtes de Jérusalem envoient des prêtres et des lévites auprès de Jean-Baptiste pour s'enquérir et pour vérifier sa carte d'identité. En effet, cet homme du désert ne porte pas les marques habituelles du prophétisme ni du messianisme. Il ne répond pas aux critères reçus. Alors, qui est-il ? La réponse arrive nette et précise. Il n'est pas le messie. Il n'est pas non plus Elie. On croyait en ce temps là qu'Elie n'était pas mort, mais qu'il avait été enlevé de cette terre sur un char de feu, pour y revenir à la fin des temps préparer la venue du messie. Jean déclare qu'il n'est pas Elie, qu'il n'est pas le Grand prophète, mais il vient seulement crier dans le désert que les chemins sont à aplanir. En cela, il réalise ce que le prophète Isaïe avait annoncé.

Des pharisiens se sont glissés dans la délégation. Il sont venus eux pour aller au fond des choses : "Pourquoi baptises-tu ?" La réponse les renvoie à eux-mêmes : 'Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.. " Il eût été facile de donner une réponse toute prête. Il eût été facile de faire comme pour un catéchisme. Mais la foi n'est pas à réciter par coeur. Jésus n'est pas au bout d'un raisonnement. Il est né d'un coup de coeur : Jean-Baptiste leur répond : "Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : cherchez-le."

Ce message de Jean-Baptiste est-il encore actuel ? Il est grand le désert d'aujourd'hui. Non pas une vaste étendue de sable sans vie humaine. Au contraire. C'est un endroit très peuplé comme dans nos grandes villes, mais les gens y circulent sans se voir ni s'entendre, ils s'y croisent sans jamais se rencontrer ! Tout le monde court. Chacun est pressé par le temps. Tous essaient d'aller le plus vite possible, l'un à son travail, l'autre à ses occupations, à ses loisirs, ou simplement à rentrer chez lui. Personne ne s'occupe des autres, de ceux qu'il croise en chemin ! D'autres se construisent des petites cellules familiales, des petits ghetto d'amis, à l'abri des regards extérieurs. Combien de citadins n'achètent-ils pas un petit bungalow ou une villa à la campagne, et l'entourent d'un jardin avec beaucoup d'arbres, pour ne plus devoir s'occuper des voisins ? Pour toute fenêtre vers l'extérieur, il y a le petit écran de TV. Chacun regarde celui-ci, mais il n'y a plus de communication entre les spectateurs ! Pour toute écoute, c'est le walkman, où le jeune court dans la rue sans entendre aucun bruit, ni aucun appel, tout entier plongé dans sa musique. Pour toute écriture des initiales, ainsi par exemple : le centre public d'aide social devient le C.P.A.S., les "sans domicile fixe" deviennent S.D.F., ça fait plus propre et moins dérangeant. Combien de gens âgés ou malades ne vivent-ils pas isolés, surtout pendant la période des vacances, quand tous les autres sont partis ? surtout pendant le moment des fêtes, où l'on se sent davantage mis à l'écart puisqu'on ne peut plus y participer ? Chacun est donc replié sur soi-même pour vivre ou pour survivre et le principe devient "chacun pour soi et Dieu pour tous" Oui vraiment la vie d'aujourd'hui peut prendre l'aspect d'un véritable désert, par l'absence de communications ! Mais, dans ce désert d'isolement, des voix se sont levées. Ce sont quelques personnes non résignées à se laisser broyer par l'anonymat ou les injustices de la société moderne. Là, c'est un groupe de jeunes chômeurs qui n'ont pas accepté leur état et qui se sont réunis pour accomplir des travaux de dépannage ou de restauration de bâtiments, des besognes de jardinage de nettoyage ou d'autres services qui leur permettent d'être utiles et de faire face à leurs besoins financiers. Là, c'est un groupe de foyers en difficultés de crédit, qui se mettent ensemble afin de réfléchir aux conséquences de leur surendettement. et de trouver des solutions de solidarité pour faire face à leurs obligations. La se sont des personnes aux revenus modestes qui se mettent ensemble pour accomplir des achats groupés et obtenir ainsi des denrées à meilleurs prix. Là se sont des organisations non gouvernementales qui s'efforcent de venir en aide à des populations malheureuses par des récoltes de vivre ou de médicaments. Là encore se sont campagnes d'aide comme celle de VIVRE ENSEMBLE qui attirent l'attention cette année sur les logements défectueux et les remèdes à y apporter. Il y a aussi des jeunes qui veulent vivre autrement, des couples qui n'acceptent plus d'être rejetés en raison de leurs origines étrangères ou de la couleur de leur peau. Il y a aussi des gens que l'on expulse, ceux à qui on coupe l'électricité en ne leur laissant que 5 ampères, ceux pour qui l'hiver est un enfer. Il y a près de nous des gens qui meurent lentement du Sida et d'autres qui le propagent. Il y a parmi vous......

Mais toutes ces voix dérangent souvent. On préfèrent ne pas les entendre. Alors, autrefois de Jérusalem, de la ville sainte, sont venus les officiels, dûment mandatés. Ils arrivaient avec leurs lois, leurs livres saints, leurs traditions, pour demander au Baptiseur de justifier son action. Aujourd'hui, c'est peut-être de Rome que nous viennent les autorités religieuses, avec leur catéchisme universel, avec leurs déclarations et leurs certitudes. Ils croient détenir le monopole de la vérité et avoir réponses à tout. Eux seuls pensent connaître vraiment les chemins du Seigneur ! Mais le Seigneur vient souvent vers nous par des routes où l'on ne s'attend pas à le rencontrer. Aussi, résonne encore aujourd'hui en nos coeurs la voix du prophète : 'L'Esprit du Seigneur est sur moi. Il m'a consacré par l'onction et m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le coeur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance. Aplanissez donc le chemin du Seigneur. Il y a parmi vous quelqu'un que vous ne connaissez pas.

C'est l'esprit de Jésus, la mentalité de son évangile qui invite tous les gens simples à ne pas se laisser abattre mais à se lever, à se remettre debout, à créer tant de gestes de solidarité. Le Seigneur est donc présent parmi eux et c'est là qu'il nous faut le reconnaître.

Pour beaucoup d'entre nous, la fête de Noël risque de n'être qu'une fête familiale où l'on aime se retrouver entre soi, avec ses proches ou quelques amis. On se sent alors bien au chaud, à l'abris. C'est sans doute important mais ce n'est certes pas suffisant. Il faudrait, de quelques manières, - et elles peuvent être très diverses, - faire une place à celui qui vient d'ailleurs, à l'étranger, à celui qui n'a plus de toit pour s'abriter, qui est donc différent de nous, pour que Noël soit célébré davantage comme la fête de l'ouverture universelle : "Paix à tous les hommes que Dieu aime" chantaient les anges dans les campagnes de Bethléem. Que ce soit vrai aussi chez nous.

6e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Jésus dit à ses disciples « Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. » Il dit aussi : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ». C'est seulement en gardant les commandements de Jésus que nous demeurons dans son amour, que nous sommes ses amis.

Mais pourquoi cela nous intéresse, d'être les amis de Jésus, de demeurer dans son amour ? Dans la vie nous apprenons que l'amour est important ; nous ne sommes pas faits pour être seuls dans la vie. C'est le message de la Genèse 2, où Dieu crée d'abord l'homme et puis remarque que ce n'est pas bon l'homme soit seul, et il crée la femme pour être le compagnon de l'homme. Il est bon de trouver quelqu'un dans la vie, un ami, quelqu'un à aimer et quelqu'un qui nous aime, quelqu'un à qui nous pouvons rester fidèles et qui peut également nous rester fidèle. La vie peut être difficile si on ne trouve pas cette personne, et plus difficile encore si on la perd. L'amour d'un autre nous donne un point de repère dans le monde, cela donne un sens à notre vie. Etre sans amour, c'est être perdu.

Ce n'est pas une loi universelle de la vie ; il y a peut être certains qui peuvent vivre seuls sans éprouver le manque d'un ami, qui peuvent vivre tout seuls tout en restant humains, sans se flétrir. Mais ces personnes sont rares ; pour la plupart d'entre nous l'amour et l'amitié sont essentiels. Mais si l'amitié nous est nécessaire, c'est l'amitié d'un de nos contemporains. Est-ce que nous avons vraiment besoin de demeurer dans l'amour de Jésus, d'être ses amis ? Et qu'est-ce que cela veut dire d'être ami de Jésus ? Nous ne partageons finalement pas notre vie avec Jésus comme nous la partageons avec nos partenaires et avec nos amis. Nous ne vivons pas avec lui tous les jours comme nous pouvons vivre avec un époux ou avec une épouse ou avec un ami.

C'est vrai. Je crois que, quand Jésus nous dit de demeurer dans son amour, cela doit être en partie métaphorique. Mais c'est une métaphore extrêmement importante. Pour Jean, qui nous transmet ces paroles du Seigneur, Jésus n'est pas simplement quelqu'un avec lequel on puisse vivre, un partenaire potentiel. Jésus est le Verbe, la Parole de Dieu par laquelle tout est crée, y compris nous-mêmes. C'est lui, le sens de la création, le sens du monde dans lequel nous nous trouvons.

Si c'est normalement l'amour, l'amitié, la fidélité de et à un autre qui nous donne un point de repère, qui donne un sens à notre vie, cet amour peut être un amour désespéré, un amour qui nous sauve d'un monde qui paraît insensé, qui nous permet de survivre malgré le monde. Mais pour Jean, et pour nous les chrétiens, le monde n'est pas insensé, il a déjà un sens, il y a déjà un point de repère. Ce que nous donne l'amour humain est déjà présent dans le monde. C'est pourquoi on peut dire qu'il y a un amour ou une amitié qui s'y exprime. Cet amour y est présent parce que le monde est créé par le Verbe de Dieu, Jésus. C'est cet amour-là qui est véritablement essentiel à notre existence. Si nos amours humaines donnent un sens à notre vie, c'est parce qu'elles nous permettent de voir et de vivre un amour plus fondamental. C'est cet amour-là que Jésus nous offre et dans lequel il nous dit de rester. Si nous aimons humainement, notre amour ne nous défend pas contre un monde sans amour et sans sens ; ce n'est pas une solitude à deux. Il nous permet plutôt de voir qu'il y a un amour dans le monde, de voir et de vivre le sens du monde. C'est pourquoi l'amour de Dieu, l'amour de Jésus, n'est pas une alternative à l'amour d'un autre. C'est l'amour d'un autre qui nous ouvre à l'amour de Dieu. Et c'est pourquoi dans l'évangile d'aujourd'hui Jésus, en disant à ses disciples de demeurer dans son amour, leur dit : « Aimez-vous les uns les autres ». Si nous ne savons pas nous aimer les uns les autres, nous ne comprendrons jamais l'amour de Dieu, et notre monde restera toujours un monde sans sens.

2e dimanche de l'Avent, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Avent
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 1, 1-8

On disait autrefois que l'Avent était une saison de pénitence ; on dit maintenant que l'Avent est une saison d'attente. C'est presque la même chose. "Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui", à Jean Baptiste, au désert. Pourquoi ? Les gens de Judée pourquoi ont-ils quitté leurs villages ? Les gens de Jérusalem pourquoi ont-il quitté leur ville, pleine de vie, centre de civilisation, pour aller à ce lieu désert, plein de rien, où il n'y avait que du sable, des rochers, de la poussière, des sauterelles et cet homme étrange, Jean le Baptiste ? Pourquoi ne sont-ils pas restés chez eux, là où ils pouvaient gagner leur vie, se nourrir, se détendre et dormir convenablement ? Pourquoi n'ont-ils pas continué de vivre leur vie quotidienne ? Marc nous dit que c'est parce que Jean proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Très bien, mais pourquoi l'a-t-on écouté, quitte à aller au désert ? Pourquoi se sont-ils convertis, et pourquoi ont-ils confessé leurs péchés ? Pourquoi ont-ils fait attention à ce prédicateur et à son message ?

Il n'est finalement pas vrai qu'on écoute toujours les prédicateurs, qu'on confesse ses péchés et qu'on se convertisse. Il y avait dans cet homme et sa prédication, à ce moment-là, quelque chose qui les a réveillés. Ils étaient mûrs, à ce moment-là, pour écouter Jean et son message de conversion. S'ils étaient pécheurs, s'ils vivaient « dans le péché », ils pouvaient à tout moment se convertir, abandonner leur vie de péché, mais ils ne l'ont pas fait. Ils étaient donc dans un certain sens contents de vivre ainsi. Mais d'autre part, ils ont répondu à l'appel de Jean. Même s'ils semblaient contents de vivre ainsi, il y avait une partie d'eux qui n'etait pas contente, qui espérait la possibilité de vivre autrement, de trouver un autre sens dans la vie. Ils n'étaient pas tout à fait immergés dans leur vie de tous les jours. S'ils vivaient dans le péché, ils vivaient aussi dans l'espérance, même s'ils ne le savaient pas. Et l'espérance crée l'attente ; on attend ce qu'on espère. Ceux qui n'espèrent pas n'attendent pas ; si on abandonne l'attente, on abandonne aussi l'espérance. (Exemple banal : Si vous cessez d'attendre le train, c'est parce qu'il ne vaut plus la peine d'attendre, parce que vous n'espérez plus qu'il arrivera, ou parce que vous n'espérez plus arriver à temps à votre destination. Vous désespérez.)

Même si on continue de vivre sa vie quotidienne, on guette ce qu'on attend. Et Jean et sa prédication correspondent aux attentes inconscientes de ces gens et les ont mises au grand jour. L'apparition de Jean leur signifie qu'ils ne se sont pas trompés en espérant, qu'il valait la peine d'attendre. Le mot grec que nous traduisons par le mot de « conversion » ou « pénitence » signifie en réalité penser autrement, comprendre les choses autrement, donc trouver un autre, un meilleur sens dans la vie.

Leur « conversion », leur « pénitence », leur « confession de péchés » n'est donc pas quelque chose de sombre, mais elle fait partie d'une célébration. C'est leur réaction à une découverte, à une nouvelle possibilité de vie, à un nouveau sens de la vie, qu'ils discernent en Jean. Ils voient une possibilité attrayante de changement de vie, et ils le saisissent. Ce n'est pas parce qu'ils se culpabilisent qu'ils confessent leurs péchés ; ils rejettent leur ancien style de vie, leur ancienne façon de comprendre la vie, parce que Jean leur a montré une meilleure possibilité, un sens plus satisfaisant, qui rend plus heureux. Cette conversion ou pénitence, ce rejet d'un mode de vie moins satisfaisant, est une préparation pour vivre une vie plus satisfaisante.

Ils croient voir en Jean l'accomplissement de leur espérance, le but de leur attente. En fait, ils se trompent, mais pas parce que leur espérance est fausse et leur attente vaine. Ils se trompent parce que Jean n'est pas celui qu'il faut attendre. Jean est, lui aussi, dans l'attente, il espère. Celui qui correspondra vraiment à leurs espérances, celui qu'ils attendent en réalité, même s'ils ne le savent pas, c'est Jésus. Le véritable sens de la vie, c'est Jésus. Et Jean le sait. L'Avent est une saison d'attente, et nous l'observons pour marquer que notre vie, comme celle des habitants de la Judée et de Jérusalem, est une vie d'attente, même si nous n'en sommes pas toujours conscients. Nous attendons, comme eux, parce que nous ne sommes pas tout à fait immergés dans la vie de tous les jours. Nous attendons parce que nous espérons ; mais, contrairement aux juifs qui ont répondu à l'appel de Jean, nous savons avec Jean ce que nous attendons et ce que nous espérons. Attendons donc avec confiance.

Jeudi Saint

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Triduum pascal
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Le repas de ce soir, la mort demain et le matin de la résurrection sont les phases d'un même mystère : c'est l'heure de Jésus. Dans sa conscience, tout se résume dans cette réalité : "il passe de ce monde à son Père " un passage à la fois douloureux et heureux. La seule explication de cet aspect douloureux est l'amour. Un amour qui va jusqu'au bout : 'Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout".

Dans certaines cultures, en plus de son utilité biologique et sociale, le repas remplit divers fonctions symboliques. Les deux premières lectures de ce soir rendent compte de la signification religieuse que juifs et chrétiens reconnaissent à certains de leur repas.

Ainsi, l'Exode nous décrit le repas rituel de la Pâque juive, célébré chaque année en souvenir de la sortie d'Egypte. Le texte invite les convives à prendre ce repas de fête "en toute hâte, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Pourquoi cette précipitation ? Si non parce que l'on fête le "passage" du Seigneur, lequel entraîne son peuple vers le pays de la liberté.

Evoquant le repas comme mémorial de la mort du Seigneur Jésus, Paul s'indigne des dérives qui méprisent le Ressuscité dans la personnes des affamés de la famille chrétienne de Corinthe.

Jean, de son côté, afin de sauvegarder la pureté du souvenir de Jésus et par conséquent l'authenticité des rites chrétiens, substituera au récit de l'institution du repas un geste-testament : le lavement des pieds. Or, en ce temps-là, ce service était réservé aux esclaves. L'auteur précise que Jésus qui s'apprêtait à accomplir ce geste servile "savait qu'il était venu de Dieu et qu'il retournait à Dieu " ' Il place ainsi le Verbe éternel fait chair en situation d'esclaves au pieds de ses amis. L'incident de Pierre essayant de refuser ce service met en évidence cette signification. La réponse de Jésus "Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi", montre que le refus de ce geste déconcertant équivaudrait à un rejet de l'envoyé de Dieu lui-même, dont toute la vie terrestre fut un service...

"C'est un exemple que je vous ai donné, dit Jésus, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. " Voilà donc ce que devrait être l'attitude des convives du repas du Seigneur. Le sens profond de l'eucharistie est de rassembler des hommes animés de l'esprit de service. Le sacrement ne peut être réduit ni à un rite magique ni à un repas sacré. Il devrait être signe d'unité et construction d'une communauté d'amour ou chacun se met au service de tous les autres, à commencer par les plus pauvres.

Dans le Nouveau Testament, d'autres récits nous rapportent des conflits, des oppositions qui auraient pu être mortelles pour les jeunes communautés. Ce qui ramènera l'unité, c'est toujours le souvenir de Jésus, de ses paroles et de ses choix. Paul, dans l'épître aux Galates nous garde ainsi le souvenir d'une décision "oecuménique" à l'issue d'un débat violent qui pouvait ruiner l'élan missionnaire des jeunes églises. Les adversaires ont surmontés leurs divergences en reconnaissant que c'est l'homme, vulnérable, blessé, le pauvre, qui sans discussions doit réunir les chrétiens, les églises, pour le service et le partage. 'Jacques, Cephas et Jean nous donnèrent la main en signe de communion, afin que nous allions vers les païens, eux vers les circoncis. Simplement nous aurions à nous souvenir des pauvres, ce que j'ai eu bien soin de faire.

La Croix Glorieuse

Auteur: Braun Stéphane
Temps liturgique: Fêtes du Seigneur et Solemnités durant l'année
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

C'est une curieuse histoire que celle de ce serpent de bronze auquel fait allusion Saint Jean dans son Evangile. En fait, les Israëlites, emmenés par Moïse après leur fuite d'Egypte, sont encore loin de la terre promise. Ils sont dans le désert. La route est difficile. Les rouspétances et la zizanie commencent à s'installer parmi eux. Leur confiance en Moïse, et donc en Dieu, s'affaiblit. Le livre des Nombres nous raconte alors que Dieu, après avoir envoyé des serpents pour mordre les Israëlites et les punir de leur manque de confiance, a demandé à Moïse de fabriquer un serpent en bronze et de le placer au dessus d'un mat pour que tout le monde le voie et se rappelle que c'est Dieu leur vrai guide.

Le serpent de bronze est donc un signe envoyé par Dieu à son peuple pour lui rappeler qu'il doit lui faire confiance et que cette confiance peut guérir des morsures. Dans l'Evangile, Saint Jean fait le rapprochement en disant qu'il faut aussi que le Christ soit élevé ( comme le serpent sur le mat ) pour que l'on croie en Lui. Saint Jean nous dit par là qu'il faut que le Christ, après avoir vécu parmi nous, soit élevé sur la croix et, par la même, vers son père.

Mais pour nous, quel est vraiment le signe de cette croix ? Quand, sur le quai d'une gare, ou à l'aéroport, je fais des grands gestes d'adieu à un ami ou à un être cher, il se passe entre nous deux des tas de choses qu'on ne peut exprimer : c'est peut-être la tristesse d'une séparation, c'est peut-être l'inquiétude d'un départ vers l'imprévu, c'est peut-être la confiance ou l'espoir d'un départ vers un nouveau projet ou que sais-je encore ?

Tant que mes gestes sont vus du passager, il y a connivence, communication entre nous, même sans nous parler. Le geste d'adieu que je fais vers mon ami est un signe que je lui envoie, car entre nous il se passe quelque chose. Après le premier tournant, nous ne nous voyons plus. Mes gestes perdent leur sens.

Ils ne sont plus reçus et, donc, ne sont plus un signe. Saint Jean nous dit que Jésus sur sa croix est pour nous le signe envoyé par Dieu à condition que nous le recevions et que donc, une connivence s'établisse entre Jésus et nous. Sinon, sa mort n'a pas de sens.

Je peux comprendre et accepter ce que dit Saint Jean, comme je peux comprendre, si on me l'explique, que la terre tourne autour du soleil. Mon acceptation est intellectuelle mais ne change pas nécessairement ma vie. Mais alors, cet homme Jésus sur une croix, qu'est-ce que cela m'a fait vraiment ? Quel est ce signe que je reçois ? Qu'est ce qui se passe entre lui, Jésus, et moi ? Comme avec mon ami sur le quai ? Et c'est là que cela commence à devenir extraordinaire ! Car je crois que l'homme a en lui quelque chose d'extraordinaire ! Il est capable d'aimer, de parvenir à faire en lui au fond de lui-même, de la place pour quelqu'un d'autre. Une vraie place qui parfois nous encombre, nous fait mal, nous ronge de l'intérieur jusqu'à nous rendre physiquement malade. Mais aussi qui peut nous stimuler, nous enthousiasmer, nous faire reculer nos limites.

Je crois profondément que cette capacité d'aimer que nous avons tous en nous c'est quelque chose de Dieu en nous. Quelque chose que nous avons le pouvoir de faire vivre. Quelque chose qui parfois nous envahit, nous rapproche de Dieu en ressemblant à cet homme Jésus. Ce Jésus, homme comme vous et moi, dans lequel, à l'intérieur duquel, aimer ou Dieu ( c'est la même chose ) a pris tellement de place, qu'on dit qu'il est fils de Dieu !

Cet homme, appelé Jésus, nous propose un choix de vie pour être, avec lui, nous aussi, des fils de Dieu. Et je crois que communier à son corps et à son sang c'est partager avec lui ce corps capable de recevoir Dieu et lui laisser de plus en plus de place. J'ai envie de dire que cet homme Jésus a tellement aimé, a été tellement envahi par Dieu, qu'à un moment donné, son corps n'avait plus d'importance. Il avait laissé Dieu, en lui, prendre toute la place. Sur la croix, il ne reste que Dieu. En langage humain on dit que sur la croix le Christ a rejoint la gloire de son Père. Je crois que c'est cela le message de connivence avec Jésus dont nous parle Saint Jean, que c'est cela le signe de la croix.

22e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 7, 1-23

A la lecture un tant soit peu rapide de l'évangile certains d'entre nous pourraient se dire : « chouette, plus de lavage de coupes, de cruches et de plats. Fini toutes ces horribles vaisselles qui encombrent mon existence. J'ai enfin trouvé une excellente excuse : Jésus est. Mais hélas comme je vous le disais en commençant, c'est une lecture trop rapide. Et nous voilà toutes et tous repartis vers nos éviers respectifs.

Ce qui est, par contre, intéressant dans ce passage de l'évangile proposé ce matin, c'est que le Christ se situe et nous situe par rapport à la loi, quelle qu'elle soit, même celle qui provient de Dieu, celle dont Moïse nous parle dans la première lecture. Les scribes et pharisiens honoraient Dieu des lèvres, mais leurs coeur était loin de Lui. Comme si la loi était, pour Jésus, non pas un commandement mais plutôt un processus, une lente maturation qui nous invite à intérioriser celle-ci, à se la réapproprier pour véritablement la faire nôtre. Une loi des lèvres et loin du coeur est une loi sèche, sans fondement. Elle ne vit pas et conduit souvent l'autre à une mort spirituelle certaine. En effet nous laisse entrevoir l'Ecriture, peu à peu, au fil des générations, de Moïse à Jésus, les hommes n'ont plus compris le sens de la loi. La loi est alors vidée de son contenu. C'est ce que Jésus nous invite à vivre ce matin : redonner tout simplement sens à toutes ces lois dont nous avons besoin pour vivre d'abord avec nous-mêmes et puis avec les autres.

Pour ce faire, il y a lieu de d'abord tenter de comprendre le pourquoi de la loi ? Et même si je suis juriste, je trouve cette tâche ardue. Pourtant, il y a un pourquoi. En s'incarnant dans notre monde, en prenant notre condition, Dieu, Celui que nous appelons Fils a voulu nous permettre de comprendre le sens premier de la Vie, de notre Vie. Dans sa générosité, il nous a laissé une recette miracle, c'est-à-dire la loi par excellence, la seule véritable, celle de laquelle découle toutes les autres : la loi d'Amour. Notre expérience de tous les jours nous fait découvrir que cette loi est bien difficile à pouvoir réaliser et à suivre à chaque instant. Nous nous laissons souvent dépassé par la vie. Or c'est cette loi de nous aimer les uns les autres qui est la plus importante. C'est elle qui demande à être méditée, intériorisée, ruminée même pour faire partie intégrante de notre coeur. D'ailleurs, si nous avions la certitude que Dieu était au milieu de nous et qu'il se cachait derrière les traits de l'un ou l'une d'entre nous, ne croyez-vous pas que nous changerions d'attitude les uns vis-à-vis des autres. L'être ne serait plus simplement perçu comme humain mais comme lieu possible où se révèle le divin. Je reconnais, que je suis sans doute entrain de rêver. C'est pourquoi, face à cette réalité, nous avons besoin d'un ensemble d'autres lois, comme les dix commandements par exemple.

Nous insérant dans la chaîne de l'humanité, recevant des traditions, en plus de lois, nous vivons également de rites, comme le rappelle l'évangile. Il n'y a pas lieu de les sous-estimer, de les mépriser. Nos vies en sont remplies. Alors êtes-vous en droit de vous demander, pourquoi Jésus est-il si dur avec les scribes et les pharisiens ? Ils accomplissaient les rites et les commandements. Il n'y avait pas lieu d'avoir une telle attitude à leur égard. La réponse à une telle question peut vraisemblablement se trouver dans la phrase suivante : « ce peuple m'honore avec ses lèvres, mais son coeur est loin de moi ».

Puisque la loi est d'abord loi d'amour, c'est dans le coeur que celle-ci doit résider. Cependant, comme elle nous semble si difficile à réaliser dans notre quotidienneté, nous sommes heureux d'avoir ces garde-fous, ces balises que nous appelons commandements et rites. Ils sont importants car ils nous permettent de nous évaluer nous-mêmes. Ils sont donc avant tout des critères d'auto-évaluation que nous nous donnons à nous mêmes. Nous avons besoin de lois et de rites mais d'abord pour nous. C'était cela, je crois l'erreur des scribes et des pharisiens. Nous n'avons jamais, ô jamais, à utiliser lois et rites comme critère de condamnation pour autrui. Nous n'avons pas à jouer à Dieu. Seule la loi d'Amour doit nous suffire.

Le Christ nous pose alors la question suivante : et nous, aujourd'hui, vivons-nous avec l'esprit des lèvres ou du coeur ? Jugeons-nous, condamnons-nous ou prenons-nous le temps de d'abord nous évaluer pour vivre de cette merveilleuse loi d'Amour ? A chacune et chacun de trouver sa réponse. Elle n'est pas dans des rites, elle est tout simplement, tout divinement, en nous.

Amen.

22e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

En ce temps-là, les hommes avaient bien cru qu'ils avaient réussi à faire Dieu prisonnier. Ils l'avaient enfermé dans le Temple. Ils avaient rangé Dieu comme on range un bijou dans sa boite.

Dieu était donc prisonnier derrière les grands murs. Les prêtres le gardaient et sauf eux, personne n'avait le droit de rentrer dans la cellule de Dieu. Les gens venaient au Temple pour passer leur commande à Dieu. Dieu était comme un père Noël dans un grand magasin.

"Seigneur, donne-moi le beau temps pour mon blé... "Seigneur, fais que mes affaires marchent bien... "Seigneur, fais réussir les examens à ma fille... Et pour payer Dieu, il fallait acheter des moutons, des taureaux, des agneaux, des colombes, des pigeons... Dans les villages, on pouvait aussi passer ses commandes à Dieu, en s'adressant aux hommes lettrés, aux malins ou aux scribes.

"Seigneur, donne-moi beaucoup d'agent... "Seigneur, guéris-moi et donne-moi la santé... Mais pour obtenir satisfaction, il fallait imiter les savants et les sages et respecter les traditions dictées par les plus religieux : lavage des mains, des coupes, des cruches et des plats.

Ce jour-là, Jésus en a assez de tous ces marchands de prières et de tous ces voleurs de Dieu. Aussi, proclame-t-il la critique que faisait autrefois le prophète Isaïe : "Ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi" Jésus a toujours combattu cette séparation faite entre les soi-disant purs et les impurs : entre ces prêtres, ces scribes, ces pharisiens qui prétendent être proches de Dieu parce qu'ils connaissent ses lois jusque dans le moindre détails et tous les autres ignorants les conditions pour s'approcher de Lui. Jésus s'est opposé à la séparation que tous faisaient entre ceux qui se croyaient jutes et les pécheurs, les collecteurs d'impôts, les malades, le petit peuple et les païens.

Depuis Jésus, Dieu n'est plus prisonnier. Il n'est plus la propriété de quelques orgueilleux qui se croient justes. Il n'habite plus le Temple, à la disposition de ses seuls gardiens, les prêtres. Sa vraie maison, c'est le coeur de l'homme.

La communauté des chrétiens n'a jamais oublié ces combats que Jésus a menés, au nom de l'amour que Dieu porte à tous les hommes sans exception, au nom de l'amour préférentiel que son Père a en faveur des exclus de la société. Ainsi, quand dans la communauté Matthéenne, la question s'est posée de savoir si l'on pouvait annoncer l'évangile aux païens, si l'on pouvait manger à la même table et partager l'eucharistie avec des incirconsis et des non-juifs convertis, la réponse a été oui.

Cela demeure vrai pour l'église aujourd'hui. Nul ne peut être exclu de la Bonne Nouvelle, ni à cause de la couleur de sa peau, ni à cause de sa race, de son manque de culture, de sa pauvreté, ni de sa misère spirituelle. Personne ne peut être écarté de l'Eucharistie parce qu'il en serait soi-disant indigne : Dieu seul peut juger ce qui se passe à l'intérieur des conscience. Aujourd'hui, nous ne pouvons dire de personne : il n'y a rien à attendre de lui ! Il n'en vaut pas la peine ! Tout est perdu d'avance !

3e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle

Jésus arrive en Galilée et prêche. Marc ne nous explique pas les détails de cette première prédication, mais il nous en donne l'essentiel : « Le royaume de Dieu est proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». Quelque chose se passe, quelque chose arrive : le royaume de Dieu s'approche. Pour répondre à cette approche il faut que les gens aussi fassent quelque chose pour se préparer : « Convertissez et croyez à la Bonne Nouvelle ». Il est comprehensible qu'on doive se convertir. Vivre avec le Dieu qui s'approche n'est possible que si on s'oriente vers lui. Il y aura un changement radical dans les circonstances de la vie, et pour vivre dedans il faut aussi un changement radical de son façon de vivre. Mais pourquoi « croyez à la Bonne Nouvelle » ? A première vue, il semble un peu curieux de demander à quelqu'un de croire à une nouvelle. Normalement, on l'annonce simplement. Ceux qui annoncent les nouvelles tous les jours à la télévision et à la radio ne disent pas : « Tel événement vient d'arriver ou va arriver. Croyez-y ». Une différence dans l'évangile, c'est que la foi est très liée à la conversion. Selon Jésus, il faut se convertir, il faut agir. Et on agit normalement selon ce qu'on croit. Si on ne croit pas qu'il va pleuvoir, on ne prends pas son parapluie avec. Quand Jonas va à Ninive, ce n'est pas pour proclamer de bonne nouvelle, même pas de menace ; c'est plutôt une condamnation absolue : dans quarante jours, Ninive sera détruite. Jonas vient de l'extérieur, un étranger inconnu, mais les habitants croient quand-même à son message. Et c'est parce qu'ils croient qu'ils agissent, qu'ils changent radicalement leur style de vie et se mettent à la prière. De même, si on ne croit pas que le royaume de Dieu est proche, on ne change pas sa manière de vivre. La croyance, la foi, ce qu'on croit, est fondamental dans la vie. Mais cet impératif « croyez ! » est quand-même fort. Jésus insiste, ici, et partout dans l'évangile, sur la croyance, la foi. Normalement, on insiste pour dire aux gens de faire quelque chose s'ils ont tendance à ne pas le faire. Jésus à besoin de nous dire « Aimez vos ennemis » précisément parce que nous avons tendance à ne pas les aimer. S'il dit « croyez » c'est donc peut-être parce que nous avons tendance à ne pas croire.

Les premiers disciples, qui répondent à l'appel de Jésus, répondent sans doute aussi à sa prédication, à sa demande de conversion et de foi. L'évangile d'aujourd'hui n'est pas que le récit de l'appel des disciples, un récit qui nous montre la force de l'appel de Jésus. C'est aussi un récit de conversion, d'un changement radical dans la vie de ces pêcheurs. Et il peuvent se convertir parce qu'ils croient au message de Jésus. C'est parce qu'ils croient que ces disciples deviendront à leur tour les messagers de la Bonne Nouvelle, demandront aux autres de croire.

Si ces premiers disciples arrivent à croire au message de Jésus, il n'est pas évident de pouvoir croire. Le première difficulté est peut-être Jésus dit que son message est une bonne nouvelle. Si les habitants de Ninive croient à la mauvaise nouvelle qu'annonce Jonas, il y beaucoup de gens qui trouvent difficile de croire à la bonne nouvelle qu'annonce Jésus. C'est peut-être quelque chose de pessimiste ou sceptique dans la nature humaine, mais on est souvent plus prêt à croire à une mauvaise nouvelle qu'à une bonne. Et ils y a ceux qui sont tellement impressionnés et accablés par les problèmes de la vie, de la pauvreté, de la faim, de l'oppression, de l'injustice, qu'ils croient que c'est impossible que les choses changent radicalement. Leur réponse à Jésus est : Non, ce n'est pas vrai, je refuse de le croire, c'est un rêve.

Il y a aussi ceux répondent en disant : Très bien, mais j'ai trop à faire. Si André, Simon, Jean et Jacques suivent Jésus, Marc ne nous dit pas combien de pêcheurs et de paysans refusent parce qu'ils ont leur boulot à faire, combien de personnes n'écoutent même pas parce qu'ils sont trop immergés, pas dans la souffrance mais dans le travail et les affaires du monde. Ce sont des gens qui refusent de croire parce qu'ils refusent de se convertir, de changer de mentalité et de vie.

Et il y ceux qui croient qu'il y a peut-être une bonne nouvelle à proclamer, mais que ce n'est pas pour eux, c'est pour les autres. Ce sont ceux qui se sentent exclus, peut-être parce qu'ils sont vraiment exclus, méprisés par les bonnes gens, comme les publicains et les prostituées dont parlent les évangiles, ou bien ceux qui, tout en étant des membres respectés de leur société, ne se respectent pas eux-mêmes, ceux qui se détestent, qui ne parviennent pas à se pardonner. Il est donc impensable que Jésus, que Dieu s'adresse à eux.

Mais Jésus s'adresse quand-même à toutes ces gens. Il dit : qui que vous êtes, si vous êtes immergés dans la souffrance ou dans les affaires du monde, si vous êtes exclus de la société ou que vous vous excluez vous-mêmes, il y a vraiment une bonne nouvelle, et c'est vraiment pour vous. Croyez. Un disciple est quelqu'un peut répondre positivement à cette parole. Croyons donc à la bonne nouvelle.

2e dimanche de Pâques, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

J'ai beau lire et relire ce texte d'évangile dans tous les sens, il manque toujours un clou dans cette histoire, celui des pieds et je ne comprends pas pourquoi. Certains prétendent que c'est parce qu'on les liaient plutôt que les clouaient. Je n'en sais rien et ne je vous ferai pas l'affront de la théologie du clou manquant. Je voudrais m'arrêter quelques instants sur cet étrange de personnage de Thomas.

J'irais même plus loin, je suis heureux qu'il ait existé cet homme et que l'évangile nous en parle, il remet un peu d'humanité, de doute face à cet événement de la résurrection. La résurrection s'est bien produite, nous l'avons célébrée la semaine passée. Grâce à Thomas, nous pouvons nous poser quelques questions sur la réalité de ces faits extraordinaires.

Thomas ne croit rien de cette histoire abracadabrante, ils ont vu le Christ prétendent-ils. Possible mais il veut le voir pour le croire Absence certaine de foi en un événement, cela n'empêche qu'il sera quand le premier à crier au Christ : « mon Seigneur et mon Dieu ». Le cri de Thomas devient l'espérance de la foi. Son doute nous donne la conviction de la foi. Un Thomas surprenant, un Thomas convainquant. L'on raconte sur lui une jolie histoire.

Après la mort de Jésus, les disciples divisèrent le monde entre eux de telle sorte que chacun puisse aller prêcher l'évangile. Thomas reçut l'Inde. D'abord il refusa, arguant du fait qu'il n'était pas assez solide pour faire un tel voyage. Il disait : « Je suis un hébreu, comme puis-je aller au milieu des Indiens pour prêcher la vérité ? » Une nuit Jésus lui apparut et dit : « ne crains pas Thomas, va en Inde et prêche l'évangile, je serai avec toi ». Mais Thomas, têtu comme une mule refusa : « envoie-moi où tu veux mais pas en Inde, je n'irai pas ».

Par un heureux hasard, un marchand se nommant Abbanes vint d'Inde à Jérusalem. Il fut envoyé par le roi Gundaphorus pour trouver un charpentier compétent et de le ramener en Inde or Thomas était charpentier. Jésus vint alors au marché où se trouvait Abbanes et lui demanda : « veux-tu acheter un charpentier ? ». Celui-ci répondit : « oui ». Jésus dit alors : « J'ai un esclave qui est charpentier et je désire le vendre , il est là-bas » et Jésus pointa Thomas. Ils se mirent d'accord sur un prix et conclurent un contrat. Quant l'affaire fut conclue, Jésus conduisit Abbanes à Thomas. Le marchand lui demanda : « est-il ton maître ? » et Thomas répondit : « bien sûr ! ». Alors Abbanes lui dit : « je t'ai acheté ». Thomas ne dit rien mais le lendemain matin, il pria le Seigneur en disant : « j'irai où tu m'enverras Seigneur Dieu, que ta volonté soit faite ». Thomas l'incrédule, le lent à comprendre, le têtu qui met du temps à faire la volonté de l'autre. Par contre, quand il abdique, alors son attitude devient totale tout comme son cri mon Seigneur et mon Dieu.

L'histoire nous dit alors, que le roi Gundaphorus commanda un palais à Thomas. Le roi lui donna beaucoup d'argent pour acheter le matériel, louer le personnel, mais Thomas donna tout aux pauvres. Et il racontait que le palais avançait rapidement. Le roi se posa quelques questions et demanda à Thomas s'il avait bâti le palais. Thomas répondit que oui et le roi proposa d'aller le voir ensemble. Mais l'apôtre lui dit alors avec beaucoup de tendresse et de conviction : tu ne le verras pas maintenant, tu dois d'abord quitter cette vie pour le voir. Le roi fut d'abord très fâché puis touché par l'histoire de Jésus et il se convertit.

Pour Thomas, la foi n'était pas quelque chose de facile, l'obéissance n'allait pas de soi. Il était l'homme qui avait besoin d'être sûr, d'évaluer les coûts. Mais une foi qu'il était sûr, qu'il avait bien évalué les coups, alors l'apôtre devenait l'homme capable d'aller jusqu'aux limites de la foi et de l'obéissance. Tout ceci pour vous dire, que l'évangile de ce soir nous invite à oser douter, à nous poser les vraies questions par rapport à Dieu, car le Christ sait que c'est dans nos doutes que nous trouverons la force de le suivre, de nous donner tout entier à son projet. Grâce à Thomas, par delà nos doutes et nos questions, nous osons nous laissez envahir par la première larme du bonheur que ce soir encore nous appelons : Seigneur.

Amen.

Rencontre avec Michael Lonsdale

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