26e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Mc 9, 38-48

Jean, un des douze apôtres, n'en revenait pas ! Il avait vu quelqu'un qui chassait les démons et les esprits mauvais, sans être mandaté par Jésus. Un concurrent, somme toute ! Et Jean le dénonçait et réclamait des sanctions. Car seuls les douze avaient reçu ce pouvoir de Jésus, lorsque celui-ci les avait envoyés deux par deux au devant de lui, dans les bourgades où lui-même devait ensuite aller. Voyez-vous, dans l'église à peine naissante, - dans ce petit noyau que le Christ a réuni autour de lui, - il y a déjà la tentation du pouvoir, réservé à un groupe d'élite. Clan des purs et des durs, qui sont convaincus d'être du bon côté, d'être propriétaires de l'esprit même de Dieu

Notez que ce n'est pas nouveau. C'est même une vieille histoire, puisque c'était déjà le cas au temps de Moïse. L'événement nous est raconté dans la première lecture. Moïse a convoqué 72 anciens sur la montagne, des hommes sages parmi le peuple, pour qu'ils reçoivent l'Esprit de Dieu, en même temps que lui. Or, deux d'entr'eux ne sont pas au rendez-vous. Ils sont restés dans le camp. Et voici que ces deux là se mettent à prophétiser eux aussi, autant que les 70 autres. Josué, un peu jaloux, s'en inquiète et vient réclamer près de Moïse. Alors celui-ci a une parole merveilleuse : "M si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux pour faire de tout son peuple, un peuple de prophètes ! "

Ce souhait de Moïse est toujours d'actualité. Plaise à Dieu qu'il répande encore sur nous son Esprit pour faire de nous tous un peuple de prophètes. Mais comment être prophète aujourd'hui ?

L'Esprit de Dieu est répandu dans l'univers. Il agit à travers le monde. Il inspire tous les hommes au coeur droit et sincère. N'est-il pas vrai que beaucoup de non-chrétiens peuvent découvrir Dieu présent, dans la beauté de la nature, dans l'immensité des univers astraux et la grandeur des espaces et des galaxies, aussi bien que dans la complexité des organismes infiniment petits, observables seulement au microscope ? Beaucoup d'hommes de part le monde reconnaissent le Dieu créateur et l'honorent, selon la fidélité à leur propre conscience, ou selon leurs propres religions, dans le contexte de leur propre culture. Grâce aux communications modernes, et aujourd'hui par Internet, nous savons que les chrétiens ne sont pas majoritaires dans la population de l'univers, même si beaucoup d'être humains participent à la culture occidentale, issue du christianisme. Il y a des milliards d'hommes et de femmes, en Asie,(particulièrement en Chine,) en Afrique, en Amérique qui sont croyants dans leur propre religion et qui reconnaissent Dieu à leur manière. Qui sommes-nous donc, nous les chrétiens, pour être aujourd'hui jaloux et ne pas reconnaître que tous ceux-là possèdent également l'Esprit de Dieu ? Ce dernier ne supporte pas qu'on veuille le contenir dans nos petites limites. Cela ne veut pas dire que toutes les religions se valent et qu'il n'est pas important pour notre identité chrétienne de penser que nous sommes dans la vérité. Mais cela n'entraîne pas nécessairement que nous soyons les seuls à la posséder. On ne possède pas Dieu et pour l'approcher, nous avons besoin de la vérité des autres. Il y a certes des vérités objectives, mais qui nous dépassent tous et auxquelles on ne peut accéder que dans un long cheminement, en glanant dans les autres cultures, dans les autres types d'humanité, ce que les autres ont aussi acquis, ont cherché dans leur propre cheminement vers la vérité.

Remarquez que même Jean-Paul II, qui pourtant dans ses encycliques affirme que le magistère de l'Eglise est dans la vérité, mise cependant sur le rapprochement entre les -même qui religions, face aux défis du monde moderne. C'est lui qui voici quelques années, a convoqué à Assise une réunion de prières des représentants des grandes religions. Malgré tout cela, la tentation d'exclure ceux qui ne sont pas de notre bord est toujours là bien ancrée dans nos coeurs. Nous n'acceptons pas facilement que d'autres agissent pour Dieu, en dehors des normes imposées et des limites tracées. Nous n'admettons pas facilement les croyants qui ne sont pas en règle avec nos lois. "Ne les empêchez pas. " a répondu Jésus. Car s'ils libèrent leurs frères, s'ils les remettent debout, s'ils font entendre la voix de l'amour, loin de l'intolérance, l'Evangile est en marche. Comment pourrait-on croire qu'ils le font contre moi ?

Oui, ce que Jésus demande à ses disciples, aujourd'hui comme hier, c'est d'être tolérants, vis à vis des autres. C'est d'accepter que le bien se fasse autrement et par d'autres chemins que ceux que nous avons prévus. Ce que Jésus ne supporte pas c'est l'intolérance, parce qu'elle découle directement de l'orgueil de se croire meilleur que les autres, ou supérieur à eux. Parce qu'elle est une autodéfense, afin de garder ses privilèges ou ses pouvoirs. Or, dans notre monde actuel, il semble que l'intolérance face sans cesse des progrès. L'intolérance politique tout d'abord, quand on voit se développer, un peu partout, des tendances d'extrême-droite, on serait en droit d'être inquiet !. Si ces partis rassemblent des gens déçus par les magouilles ou les situations économiques désastreuses, il faut cependant se méfier des idées qu'ils propagent, des projets d'exclusion et de mise en ordre par la force qu'ils diffusent. Mais il y a aussi l'intolérance religieuse qui gagne partout du terrain. Nous assistons à un regain d'intolérance et de fanatisme. Il n'y a pas seulement que l'intégrisme musulman, qui fait parler de lui d'une façon tragique, comme ce fut le cas ces d dernière semaines en Algérie. Mais il y a aussi un intégrisme juif et des nombreux mouvements intégristes au sein même de toutes les confessions chrétiennes.

Je voudrais conclure en citant un petit texte de notre frère Pierre Claverie, l'évêque d'Oran, assassiné il y a à peine un an : "On parle de tolérance. Je trouve que c'est un minimum. Mais je n'aime pas trop ce mot, parce que la tolérance suppose qu'il y ait un vainqueur et un vaincu, un dominant et un dominé, et que celui qui détient le pouvoir tolère que les autres existent. On peut évidemment donner un autre sens à ce mot, mais j'ai trop l'expérience de ce qu'il signifie dans la société musulmane dans son acceptation condescendante pour l'accepter vraiment. Bien sûr, il vaut mieux que le rejet, l'exclusion, la violence. Mais je préfère parler du respect d e l'autre. Si seulement, dans la crise algérienne, on arrivait à concevoir que l'autre a le droit d'exister, qu'il porte une vérité et qu'il est respectable, alors les dangers auxquels nous sommes exposés maintenant n'auraient pas été courus en vain. "

17e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le souvenir du pain partagé a beaucoup marqué les premiers chrétiens. A tel point que les évangélistes racontent six fois une multiplication des pains. C'est sans doute parce que les premières communautés vivaient l'importance du partage.

Aujourd'hui, les gens qui achètent et qui vendent font du commerce. C'est un service bien normal. L'argent sert à régler nos échanges.. Il peut être une manière d'établir entre nous des rapports de justice. Dans nos achats, nous rémunérons avec la monnaie ceux qui nous rendent service en nous livrant les produits dont nous avons besoin. Mais normalement, entre gens qui s'aiment, la loi des échanges n'est plus l'argent, mais le partage. Celui-ci est un signe d'amour fraternel. Ainsi, dans la première communauté de Jérusalem on mettait tout en commun. Le livre des Actes des apôtres nous dit qu'ils "vendaient leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. " Et quelques années plus tard, Paul dans l'épître aux Galates rappelle que le signe d'union entre les chrétiens sera le souci des pauvres.

Mais dans les assemblées des premiers chrétiens, on ne partageait pas seulement le pain, mais aussi le "corps du Christ". C'est pourquoi les évangélistes racontent les multiplications des pains avec les mêmes paroles que celles utilisées dans l'eucharistie. 'Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua " Us veulent ainsi montrer que le partage du pain à la messe et le partage dans la vie sont étroitement liés. S.Paul blâmera la conduite des chrétiens de Corinthes qui, refusant de partager entre eux leur nourriture, ont l'audace de célébrer ensuite la Cène du Seigneur. 'J'apprends que lorsque vous vous réunissez, chacun se hâte de prendre son propre repas, en sorte que l'un a faim tandis que l'autre est ivre. Voulez-vous faire affront à ceux qui n'ont rien ? Sur ce point, je ne vous loue pas.

Dans le monde actuel, pour des peuples entiers, il n'y a pas d'autre horizon que la faim. Tant de femmes, d'hommes et d'enfants n'ont pas assez de nourriture pour pouvoir subsister. Beaucoup meurent chaque jour, faute de moyens de se nourrir. Certaines populations ne survivent que grâce à l'aide internationale. Beaucoup d'actions sont entreprises pour venir au secours de ces innombrables affamés. Mais rien ne suffit.

Dans nos pays occidentaux, il y a aussi beaucoup de miséreux. Bien des gens n'ont ni toit, ni salaire, ni emploi. Ce sont les sans-logis. Des personnes sans domicile fixe. On les désigne souvent par des initiales : S.D.F. Cette façon de lés nommer nous camoufle un peu le scandale de cette douloureuse réalité. Beaucoup parmi eux dépendent de la bienfaisance publique. Ce sont souvent des mendiants. Et puis, comment travailler quand on a faim ? Comment aimer ? Comment être heureux de vivre ? Comment avoir confiance ? Pour leur venir en aide, bien des organismes ont d'excellentes initiatives, mais cela ne suffit pas.

Dans la crise d'aujourd'hui, pour beaucoup de travailleurs l'avenir est sombre. Ils craignent de perdre leur emploi, d'être mis au chômage, de basculer dans la précarité et puis dans l'indigence. Les causes de ces désastres sont nombreuses. Parmi elles, il y a principalement la mondialisation de l'économie de marché. Si celle-ci peut apporter du bien-être à beaucoup, elle laisse cependant de côté tant de pauvres ! On peut se demander pourquoi certains sont-ils forcés de se contenter des "miettes", alors que d'autres ont réellement de trop pour vivre ? Pourquoi l'argent se trouve dans les mains de quelques financiers, au heu d'être davantage distribué entre tous ? Certes, chacun pourrait rêver d'un autre monde, où l'important ne serait pas d'accumuler le plus de richesses pour soi, de posséder de plus en plus même si les autres ont de moins en moins pour eux-mêmes... rêver d'un monde où l'on partage avec ceux qui n'ont rien pour leur permettre de se développer et de ne plus mendier... rêver d'un monde où la solidarité a plus de valeur que les cotations en Bourses... un monde où l'on s'entraide et où l'on fait tout pour permettre aux plus faibles de vivre en hommes et femmes fibres... un monde où la famine et la misère seraient à jamais vaincues. Certains diront que c'est une utopie ! Non ! Avec Jésus, ce monde là a déjà commencé ! Lorsqu'il a prit dans ses mains le partage du gamin, les cinq pains d'orge, et qu'il les a distribués, c'est le partage entre tous qu'il a instauré. C'est cela le Royaume qu'il est venu, en son temps, inaugurer ! Ce monde nouveau est donc déjà là.

Remarquez que lorsque l'on garde tout pour soi, c'est parce qu'on a peur de ne pas en avoir assez. Mais chaque fois que l'on partage, il y en a toujours de trop ! C'est déjà le cas défié qui donna tout ce qu'on lui avait donné. Le prophète permet ainsi à Dieu de multiplier le don, bien au-delà de toute espérance. "Donne-le à tous ces gens pour qu'ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : On mangera et il en restera." C'est encore le cas, lorsque Jésus partage les pains. On remplit douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d'orge après le repas.

Le pain, pour nous, c'est la nourriture quotidienne. Mais c'est bien plus encore. C'est le travail c'est la dignité, c'est la possibilité d'apprendre et de développer son intelligence, c'est la liberté de parler et de se déplacer, d'avoir des vacances, c'est la joie de connaître, c'est pouvoir choisir l'existence à mener. Tous les humains ont droit à ce pain-là ! Etre chrétien aujourd'hui, c'est travailler afin de "multiplier" ce pain-là. C'est agir partout pour que de plus en plus d'humains puissent se nourrir de ce pain-là.

Jésus a donné à manger. Comment croire en lui sans faire de même ? Comment partager le pain eucharistique, qui est son corps, sans partager aussi nos richesses et nos avantages, avec tous ceux qui ont moins de chance que nous ? Aujourd'hui, les chrétiens ne peuvent être crédibles que s'ils s'efforcent de dresser la table du partage, dans le désert de l'humanité.

4e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Materne Pierre-Yves
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Nous sommes dans une société où l'autorité n'est plus une valeur recommandée. On la confond trop souvent avec le pouvoir qui menace toujours de verser dans un certain autoritarisme. Avoir de l'autorité, ce n'est pas imposer des choses aux autres, même si c'est pour leur bien. Dans son sens premier, l'autorité est ce qui nous aide à grandir. L'autorité n'est donc légitime que si elle est au service de la personne et de son développement humain. L'autorité d'un parent (ou d'un maître) n'existe que dans la mesure où l'enfant (ou l'élève) progresse grâce aux conseils et aux avertissements du parent (ou du maître). Plus fondamentalement encore, c'est l'exemple donné par le parent ou le maître qui confère une autorité. C'est parce que je vis moi-même ce que j'enseigne que je peux acquérir une certaine autorité. Si je ne suis pas cohérent avec mes propres valeurs, comment puis-je inviter les autres à les suivre plus que moi ? Si ma foi n'entraîne pas un changement dans ma vie, comment puis-je être crédible aux yeux des autres ?

C'est surtout cela que Jésus nous fait comprendre. Les gens étaient frappés par son enseignement car il parlait en homme qui a autorité, non pas comme les scribes. Jésus parlait de ce qu'il vivait et l'autorité qui en découlait faisait que les auditeurs étaient interpellés par sa parole. Si les scribes connaissaient très bien les règles religieuses, ils n'étaient pas forcément des modèles à suivre. Ils étaient très forts pour mettre un fardeau de prescriptions sur le dos des gens mais sans se demander si cela aidait chacun à grandir de façon adulte et responsable. Cela fait évidemment penser à de l'autoritarisme. Tout a l'inverse, Jésus n'a pas énoncé une kyrielle de règles à observer. Non seulement il n'a laissé que deux commandements (aimer Dieu de tout son c½ur et son prochain comme soi-même) mais, en plus, il a lui-même vécu intensément cette double loi de l'amour.

Lorsque Jésus chasse un démon, il rend la liberté à celui qui était sous l'emprise du mal. Son autorité a donc un rayonnement puissant. Ici encore, il exerce son autorité pour donner à l'autre personne la capacité de vivre en être libre. Par amour, le Christ vient rejoindre l'homme blessé, éprouvé, prisonnier, pour lui ouvrir un chemin de libération. Plutôt que de passer son temps à énoncer des lois, Jésus recherche les hommes et les femmes qui subissent un enfermement. Il annonce alors un message qui rend l'espoir d'un mieux-vivre et, quelques fois, opère un signe qui manifeste l'actualité de la « force libérante » de la foi.

A la suite de Jésus, nous sommes invités à « parler avec autorité ». L'expression est très ambiguë, c'est pourquoi il ne faut pas perdre de vue la figure du Christ. Il ne s'agit pas de faire la morale, ni même de donner des conseils qui peuvent être utiles. Non, il s'agit de vivre notre foi de façon crédible, c'est-à-dire en gardant l'essentiel sous les yeux : l'amour croyant et transformant. Je ne peux par dire que je crois en un Dieu d'amour si je n'aime pas ceux qui croisent mon chemin. Cela ne veut pas dire que je deviens ami avec tout le monde. Cela veut surtout dire que je suis prêt à accompagner ceux qui cherchent une parole d'espérance. Notre monde n'a pas besoin de moralisateurs mais bien d'hommes et de femmes courageux dans l'amour. Que Dieu nous y aide. Amen.

27e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Dieu : les maths, c'est vraiment pas son truc. Alors que pendant des années, à l'école, on nous a appris qu'1+1=2. Ce soir (matin), Dieu nous prétend que 2=1 c'est à dire qu'1+1=1 mais qu'en plus que pour qu'1+1=1, il faut également qu'1+1=1+1. Vous me suivez ? Quand je vous disais que Dieu et les chiffres, c'est compliqué. C'est sans doute pour cela qu'au coeur de la Trinité, comme je vous l'ai déjà dit : 1+1+1=1 puisque 3=1. Donc 2=1 et 3=1 au risque de nous embrouiller. Si vous le voulez bien, et même si vous ne voulez pas, comme c'est déjà assez difficile comme cela, je nous propose de nous limiter à 2=1 puisque c'est cette énigme-ci que les textes de ce soir (matin), nous invitent à méditer.

L'amour est très capable de durer, écrit France Quéré, mais il faut un peu d'arithmétique : pour aimer, il faut être deux, et pour être deux, il faut d'abord être un. En effet, pour tout donner, il faut d'abord avoir quelque chose à offrir. Et le don de l'Amour, c'est tout simplement soi. Pour être un, je dois d'abord être moi-même. La Genèse ainsi que le Christ, m'invitent à apprendre à être moi. Comment ? En se construisant petit à petit, en se fabriquant, dans la solitude, le drapé d'un silence au coeur de sa propre musique, en reprenant le temps d'être tout simplement présent à soi, tout en se laissant façonné, modelé en même temps par l'autre, parent ou ami.

Etre soi, c'est également se reconnaître comme étant un mystère, qu'il y aura toujours une part d'énigme, d'inconnaissable. C'est vrai, il nous faut un peu d'obscur pour bien voir car la nocturnité fait partie de notre projet de destinée et de vie Au cours des jours et des mois, peu à peu notre âme dénudée, accumule un trésor inépuisable, qui s'appelle pour chacune et chacun : moi et que nous pouvons offrir à l'autre, sans jamais craindre de manquer. Ainsi durera l'amour, s'il prend et reçoit sans compter (puisque comme le rappelle le texte d'introduction)(en effet, dans toute relation) : chacune apporte un peu de lui-même. Aimer signifie donc bien qu'il faut d'abord être soi. C'est pourquoi, Dieu a bien raison lorsqu'il dit qu'1+1= toujours 1+1. Voici donc notre première équation résolue.

Venons-en à la deuxième : 2=1. La ça se complique. Au premier abord oui, et puis pas tant que cela finalement. Il y a deux choses en chacune et chacun de nous : l'amour et la solitude, celle dont nous venons de parler. Elles sont entre elles comme deux chambres reliées par une porte étroite. Oui, nous sommes seuls dans le jour. Cette solitude est le plus beau présent que l'on puisse nous faire. Elle brûle dans le jour. Elle s'illumine dans nos absences. Nous avons besoin de quelqu'un qui nous conduise dans la pleine nuit du jour. L'amour atteint alors sa plénitude dans cette évidence d'une défaite : je ne peux me contenter de ma solitude, tout va vers la personne aimée, et les rivières de nos destinées se détournent de leur cours pour se perdre au coeur de nos images. La mienne, la tienne pour faire exister la nôtre. Nous sommes enlevés de nous-mêmes. Nous entrons dans le domaine de l'unité, non pas une fusion qui emprisonne, étouffe ou écrase mais une unité vécue comme un espace plus grand que soi : où l'amour infiniment dépasse l'amour. En effet, il y a ce que l'on connaît, qui est étroit. Et puis, il y a ce que l'on sent, qui est infini. C'est dans cette vision d'un infini toujours à découvrir que nous pouvons reconstruire chaque jour un peu de « nous », (pour reprendre les mots de la deuxième lecture). C'est seulement à ce moment-là au coeur de l'amour, de l'amitié, de la rencontre avec Dieu, que 2=1.

Tout ceci peut paraître bien beau, de l'ordre de la candeur et de l'utopie. Cependant au fond de nous sommeille la certitude que le bonheur existe ailleurs que dans les rêves. Il nous reste alors à renouer avec cet enfant au plus profond de nous-mêmes. Celui qui peut accueillir, comme nous convie Jésus, la confiance donnée à l'autre ainsi que la tendresse d'un Royaume de Dieu. Tendresse, candeur et confiance deviennent ainsi les mots clefs pour la réussite d'un amour, d'une amitié, d'une relation à deux et à Dieu parce qu'ils permettent de vivre pleinement de la fidélité, don divin, don de soi. Les chiffres de Dieu de ce soir (ce matin) sont-ils uniquement des équations mathématiques ou le désir d'une relation à construire. A chacune et chacun de décider.

Amen.

27e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Dans notre pays, sur trois mariages célébrés, il y en a habituellement un, qui se termine par un divorce. Pourtant, si l'on fait une enquête sur les valeurs auxquelles les gens tiennent le plus, ce sont toujours le bonheur familial et la fidélité qui viennent en premier lieu. Au fond des coeurs, comme dans les chansons, "amour continue de rimer avec toujours". Ceci est vrai même des personnes qui se remarient après l'échec d'une première union !. On dirait qu'elles tiennent d'autant plus à la solidité d'une fidélité nouvelle, qu'elles ont souffert d'un abandon, d'un rejet.

Aujourd'hui, les séparations et les divorces se multiplient. Les lois et les contraintes sociales ne suffisent plus à enrayer ce développement et beaucoup d'hommes et de femmes cherchent à les contourner. Quand on ne s'entend plus, on se sépare. Et ce fait n'est pas nouveau. Il était déjà présent à l'époque de Jésus, comme en témoigne la question des pharisiens dans l'évangile "Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?" "Est-il permis à un mari... ? " Et la femme, ne pourrait-elle pas renvoyer son homme ? La question n'affleure pas dans les esprits, même s'il existait au temps de Jésus des recours exceptionnels devant un tribunal, qui permettaient à l'épouse de reprendre sa liberté.

La question des pharisiens est un piège. Quelle que soit la réponse du Maître, ses adversaires veulent le ranger dans un camp : celui des rigoristes ou celui des laxistes. Comme souvent, Jésus ne répond pas à leur question. Il n'entre pas dans le débat juridique. Il va beaucoup plus profond, à la naissance même de l'amour et du couple humain. Il rappelle la parole créatrice, celle qui indique à jamais à l'homme et la femme leur vocation partagée : 'Au commencement Dieu les fit homme et femme. A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un. "

Il n'y a donc aucune supériorité masculine sur la femme. L'humain a été "créé homme et femme". Que l'on ne fasse pas de l'épouse l'inférieure de son mari dont celui-ci pourrait disposer à sa guise : ce serait "séparer ce que Dieu a uni".

Marc place cette polémique sur la route de Judée vers Jérusalem, en un temps où Jésus affronte les autorités religieuses et dénonce leurs hypocrisies. Cette dispute sur le mariage n'est qu'une dispute parmi d'autres dans lesquelles Jésus oppose l'esprit de la loi aux interprétations qui en faussaient le sens. Ici, Jésus renvoie à la tradition juive : l'intention de Dieu est que l'amour soit Fidèle. Un peu comme Dieu l'est lui-même envers son peuple. Il a fait autrefois alliance avec Israël. Malgré les abandons de celui-ci, lui, Dieu demeure fidèle. Cette fidélité divine doit être le modèle de la fidélité humaine.

Malheureusement, dans le langage courant, on ne donne souvent de la fidélité qu'une définition négative. On parle de ne pas mettre son pied de travers. Dans l'Evangile, la fidélité n'est pas un rêve comme dans un roman, elle est une exigence. Et cette exigence est positive. La vraie fidélité va bien plus loin : Elle veut le bonheur du conjoint. Aussi se fait-elle au besoin, compréhension, pardon, encouragement et partage. La vraie fidélité s'inspire de la fidélité de Dieu. La grandeur de l'amour humain est d'être appelé à ressembler à l'amour de Dieu, dans générosité !

La deuxième chose sur laquelle nous devrions méditer, c'est le fait que nous ne sommes pas Dieu et que nous expérimentons chaque jour notre fragilité humaine. Nous pouvons connaître l'échec et parfois même subir la trahison.

Ceux qui approchent des personnes divorcées savent combien leur épreuve peut être pénible, souvent plus douloureuse que le veuvage. La personne dont le conjoint meurt, connaît bien sûr une période de tristesse et de désarroi, une vraie crise de confiance. "Que vais-je devenir ? Ai-je fait tout ce qu'il fallait pour rendre mon conjoint heureux ? Ne pouvait-on éviter sa mort ?" La personne divorcée se pose peut-être les mêmes questions, mais en plus elle a l'impression d'avoir été reniée, rejetée, trahie. Son idéal est détruit. Elle est surtout tentée de ne plus croire en l'amour. A tort ou à raison, elle se sent exclue, condamnée, par son entourage, parfois par ses proches. Elle se sent aussi mise à l'écart par les lois de l'Eglise. Pourtant, Dieu l'aime. Dieu lui reste fidèle, infiniment plus que les êtres humains !

Cette fidélité de Dieu, modèle du mariage chrétien, doit également inspirer à nos communautés chrétiennes le souci d'accueillir les naufragés de l'amour, les personnes séparées, divorcées. Nous avons le devoir de les soutenir et de leur ouvrir la porte d'une nouvelle espérance, y compris la possibilité de recréer un nouveau foyer chrétien si elles le souhaitent profondément.

Bien sûr, tous les divorces et tous les remariages ne sont pas légitimes. Il y en a qui reposent sur une injustice, sur cette dureté de coeur et cet égoïsme que l'évangile lu aujourd'hui condamne avec force. C'est bien ainsi que l'ont compris les premières générations chrétiennes. La fin du texte de Marc nous dit les paroles que Jésus a prononcées "à la maison" ' Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d'adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d'adultère. " Quelle est cette maison dans laquelle Jésus parle à ses disciples ? C'est un lieu symbolique. Par ces mots, Marc introduit habituellement les conclusions que la communauté primitive a tirées de l'enseignement de Jésus. Conclusions, qui, selon un procédé littéraire habituel à l'époque, sont mises dans la bouche du Seigneur lui-même, parlant dans la maison.. Nous voyons donc que les premiers chrétiens n'ont pas accepté la répudiation permise par Moïse et qu'ils ont pris fort au sérieux la condamnation qu'en a faite Jésus..

Mais l'attitude du Christ qui rejette violemment l'hypocrisie et l'égoïsme, n'est pas un rejet des victimes, ni une négation de l'échec. Au contraire, la fidélité de Dieu s'exprime chez Jésus par son souci de guérir ceux qui ont souffert, de remettre les gens debout, de les réconcilier avec la vie et avec le Père, de ne pas les enfermer dans leur passé, mais de leur donner une nouvelle chance. Aussi, même si nous soutenons et admirons les divorcés qui restent seuls, soit par attachement au sacrement de mariage, soit par fidélité à un seul amour injustement trompé, il faut bien se rendre compte qu'une telle solitude n'est pas toujours possible, ni heureuse pour l'équilibre de la famille. Il est donc normal que beaucoup de divorcés essayent d'entreprendre une nouvelle union Il faut d'ailleurs du courage pour oser aimer et s'engager à nouveau pour toujours, après la blessure profonde due à l'échec d'un premier foyer. Si nos communautés chrétiennes doivent être signes de l'amour de Dieu, il faut qu'elles accueillent vraiment les divorcés, qu'elles aident ses membres blessés à rebâtir l'avenir. Cela veut dire rappeler à chacun qu'il est aimé de Dieu, malgré les échecs de sa vie et donc que les portes de l'espérance ne lui sont pas fermées.

18e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le dimanche passé, Jésus a multiplié les pains pour rassasier la foule qui l'entourait. Aujourd'hui commence le long discours de Jésus où il explique la signification de ce qu'il vient de faire. Derrière son discours, et derrière les questions des juifs, il y a l'histoire de la manne que nous avons entendue dans la première lecture. Israël est dans le désert, dans une terre stérile, sans eau et sans nourriture, et Dieu donne au peuple à manger. C'est un miracle, mais c'est aussi une métaphore. De même que nous avons besoin de bien manger pour bien vivre, pour bien fonctionner au niveau physique, nous avons besoin de quelque chose pour bien vivre au niveau plus personnel. Comme on le disait autrefois, si on a besoin d'une nourriture physique, on a besoin aussi d'une nourriture spirituelle.

Cette métaphore semble quasi naturelle. On peut dire plus ou moins la même chose en parlant de la faim. Il y a en Afrique du Sud aussi un grand désert aride. Il y a un peuple qui habite ce désert. Ces gens ont du mal à vivre ; la nourriture n'est pas facile à trouver. Pour eux, la faim est un élément central et quotidien de la vie. Ils ont un vocabulaire intéressant : ils parlent de la grande faim et de la petite faim. La petite faim est la faim, l'absence de nourriture, tandis que la grande faim, la faim la plus importante, est ce qu'on pourrait appeler une faim spirituelle, l'absence de Dieu.

Ce n'est pas difficule à comprendre. La faim, l'absence de nourriture, c'est l'estomac vide, et c'est la fatigue, la faiblesse et la douleur qu'il entraine. Quand on a faim on doit manger, il n'y a pas de repos, pas de paix, avant qu'on ne se remplisse la bouche. Mais, après un certain temps, on s'y habitue, on ne sent plus le manque de nourriture, on s'engourdit. C'est comme si on avait mangé, comme si on n'avait plus hesoin de nourriture, sauf que la faiblesse et la fatigue restent. Il peut sembler que la faim est vaincue, parce que cela ne fait plus mal. Mais c'est parce qu'on n'est plus assez vivant pour souffrir, la machine du corps a déjà commencé à s'arrêter, la vie commence à s'éteindre. On cesse de chercher la nourriture. Il peut y avoir une sorte de confort dans cette condition, parce qu'on ne sent plus rien, mais en fait, c'est le triomphe de la faim ; on n'est pas loin de la mort.

La grande faim, la faim de Dieu, est semblable ; il s'agit d'un vide, d'une lassitude, d'une faiblesse. Mais ce n'est pas la faim de la nourriture. Le vide n'est pas dans l'estomac, mais dans la vie. La vie semble dépourvue de sens, elle ne nous nourrit pas. On est lassé par les tâches multiples de chaque jour, qui semblent de plus en plus lourdes et embêtantes. Le monde devient gris et plat, et l'existence devient pénible. Il est possible de s'habituer à ce vide de sorte qu'on ne le remarque plus. Alors le vide semble la condition humaine naturelle, et on ne remarque pas qu'il manque quelque chose, on ne cherche plus. On comprend la vie et le monde comme si ses besoins sprituels n'existaient pas, comme si Dieu n'existait pas. Il y a une sorte de bonheur dans cette condition, mais c'est le bonheur de l'oubli, c'est le triomphe du vide.

Il y a donc une grande ressemblance entre ces deux faims, c'est pourquoi il est naturel d'employer le mot « faim » en parlant des choses spirituelles. Mais il y a aussi une différence importante, et c'est une différence qu'indique Jésus. Quand on a l'estomac vide, on peut, si les circonstances le permettent, travailler pour se rassasier. On peut aller à la chasse des bêtes sauvages, on peut cultiver des plantes. Par son travail, on peut se nourrir. En fait, les premières pages de la Bible font le lien entre manger et travailler : Dieu dit à Adam « Le sol sera maudit à cause de toi. C'est dans la peine que tu t'en nourriras tous les jours de ta vie... A la sueur de ton visage tu mangeras du pain ». Par contre, le vrai pain dont parle Jésus ne sort pas du sol, il tombe du ciel. On ne doit pas travailler pour le produire, et on ne peut pas. C'est gratuit, et cela a l'aspect d'un don ; Dieu le donne. Si on veut être rassasié, il faut d'abord s'ouvrir à recevoir le gratuit. Quand les juifs demandent à Jésus « Que faut-il faire pour travailler aux oeuvres de Dieu ? », lui répond « L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé ». Mais croire en Jésus n'est pas travailler, c'est cesser de travailler, cesser de s'occuper de ce qu'il faut faire, pour s'ouvrir, pour se permettre de recevoir le don de Dieu. La première lecture dit la même chose : les cailles descendent sur camp après le coucher du soleil, après la fin de la journée, quand on ne travaille plus. Et la manne est déjà là le lendemain quand les gens se lèvent. Dieu donne dans la nuit, et la nuit est le temps de repos, où on ne travaille pas.

Dans un monde qui prône la valeur du travail et du non-gratuit, de ce qu'on achète, il n'est pas toujours facile d'être simplement passif, ouvert à recevoir le gratuit, d'accepter le fait que notre nourriture ne vient pas de nous-mêmes, mais c'est ce qu'il faut. Il faut accepter le gratuit, et en reconnaître la gratuité en disant merci. C'est pourquoi nous nous sommes réunis aujourd'hui, pour recevoir à cette table le pain que Jésus nous donne, et pour en rendre grâce.

18e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

"Ils cherchaient un boulanger......

Ils cherchaient un boulanger, ces femmes et ces hommes qui traversèrent le lac et abordèrent sur l'autre rive, à la recherche de Jésus. Ils cherchaient un boulanger, toutes celles et tous ceux qui avaient été témoins de la multiplication des pains.

Ils cherchaient un boulanger comme ils avaient peut-être cherché un guérisseur, un magicien un être un peu extraordinaire, quelqu'un qui leur donna des solutions toutes faites pour répondre à leurs problèmes, des solutions faciles pour remédier à leurs manques, à leurs déficiences.... Ils cherchaient un boulanger qui aujourd'hui encore pourrait à nouveau leur donner du pain en abondance

Bien sûr, demain, ils auraient sans doute encore faim ; ils auraient encore de nombreux besoins et d'autres problèmes... mais en faisant de lui un roi, celui-ci leur apporterait sûrement des solutions. Peut-être dépendraient-ils totalement de cet homme ? Sans doute seraient-ils tout à fait soumis à son bon plaisir ? Mais peu importe, même esclaves de ce nouveau roi, la vie serait bien plus facile, puisqu'ils auraient avec eux un boulanger, un guérisseur, un faiseur de miracles....

C'est l'éternel malentendu ! C'était déjà le cas, au temps de l'Exode, pendant le séjour des hébreux dans le désert. Les fils d'Israël récriminèrent contre Moïse et Aaron. Ils regrettèrent les oignons d'Egypte. Même si nous étions esclaves, la vie était bien plus facile en ce temps-là. Nous avions au moins des marmites de viande et nous mangions du pain à satiété !

Nous savons aujourd'hui que la manne est un phénomène naturel : l'exsudation d'un arbuste de cette région : le tamaris. Aux mois de juillet et d'août, les pucerons attaquent l'écorce, durant la nuit. La sève, qui en sort en gouttelettes, se solidifie au petit matin et tombant sur le sol, présente des granulés très nourrissants. Les hébreux ont vu dans cette découverte une intervention miraculeuse de Yaveh, voulant nourrir son peuple dans sa marche vers la terre promise. 'Mann hou ?" "Qu'est ce que c'est ?". C'est le pain que le Seigneur vous donne à manger" dit Moïse. N'empêche que la manne ne conservait pas et qu'il fallait la ramasser à nouveau chaque matin ! L'éternel malentendu, encore présent au temps de Jésus : "Vous me cherchez, non parce que vous avez mi des signes, mais parce que vous avez mangé du pain à satiété". Au fond, Jésus leur dit : "Vous n'avez donc pas compris le sens de ce que nous avons fait hier ? Vous n'avez donc pas saisi le sens du partage ? Travaille.-, non pour cette nourriture qui se perd, - cette nourriture qu'il faut recevoir dans la dépendance qu'il faut redemander chaque jour. Mais travaille--pour les oeuvres de Dieu. " "L'oeuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. " "Que vous croyiez au Fils de l'homme, le porte parole d'un Dieu libre et qui veut que votre liberté." Le pain de Dieu, c'est celui qui donne la vie, celui donne la liberté à l'homme. On pourrait dire que Jésus est un athée du Dieu habituel des juifs. Il refuse l'image d'un Dieu puissant, terrible, d'un Dieu à craindre parce qu'il terrorise l'homme et le soumet à son bon plaisir. C'est comme représentants de ce Dieu là que les autorités religieuses juives écrasent le petit peuple et le rend servile. Et cela afin de mieux asseoir leurs pouvoirs

Tous les Saints

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

"Heureux les pauvres de coeur... heureux ceux qui pleurent... heureux ceux qui sont persécutés pour la justice..."

Elles sont belles, ces paroles de Jésus. Mais sont-elles vraies ? Nous approuvons tous, sans doute, les sentiments de Jésus, ils sont très chrétiens ; mais est-ce qu'ils correspondent à la réalité. Sont-il vraiment heureux, les doux, les miséricordieux, les artisans de paix et les autres dont Jésus parle ? Notre expérience humaine ne nous montre-t-elle pas que c'est trop souvent le contraire qui est le cas ? Ce n'est pas les doux, les humbles et les miséricordieux qui héritent de la terre, mais les violents, ceux qui insistent pour se mettre devant tous les autres, ceux qui sont prêts à s'approprier les biens des autres pour s'enrichir. Dans les mondes politique, commercial et industriel, c'est trop souvent ceux qui mentent et exploitent les plus faibles qui réussissent, qui deviennent heureux. Ils sont riches, bien habillés, bien soignés, bien protégés, ils peuvent faire comme ils veulent, ils peuvent avoir ce qu'ils désirent. Ils peuvent vivre à leur aise. C'est ça, le bonheur. L'humilité est une faiblesse, et la vie est pour les forts. Les humbles et les généreux risquent plutôt de tout perdre, d'être exploités. Ce n'est pas ça, le bonheur. C'est plutôt la misère. Comment Jésus peut-il dire que de telles personnes sont heureuses ? Il est évident que, dans le monde d'aujourd'hui, ceux que Jésus appelle heureux sont souvent ceux qui souffrent le plus. Mais n'oublions pas que c'était évident à l'époque de Jésus aussi. Il était entouré par le bonheur des riches, des forts, des violents et par le malheur des pauvres, des faibles, des doux. Les persécutés de n'importe quelle époque sont malheureux, et Jésus le savait comme nous ; pourtant il dit : "Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice". Nous contemplons ce texte à la fête de tous les saints, et nous savons que beaucoup des saints ont souffert terriblement, ont été persécutés, même torturés, et les torturés ne sont pas heureux ; c'est ça le but de la torture.

Comment l'expliquer ? Quand Jésus parle du bonheur, il ne parle pas de ce qu'on possède. Il savait comme nous que les miséricordieux et les coeurs purs peuvent être pauvres et exploités. Il ne parle pas non plus des circonstances de la vie, de ce qui peut arriver à quelqu'un. Il savait comme nous que les justes et les doux peuvent souffrir terriblement, qu'ils peuvent être gravement malades ou torturés ou abandonnés. Toutes les horreurs que peuvent souffrir les méchants peuvent arriver aussi aux saints. Jésus parle plutôt de ce qu'on est. Etre heureux, c'est réussir. Si on peut réussir dans le monde, réussir à avoir, on peut réussir aussi à être, à être vraiment humain, à créer une belle vie. Pour un vrai artiste, il est beaucoup plus important de parvenir à créer de la beauté que de devenir riche et puissant ; c'est ça son bonheur. Peut-être qu'il doit faire un choix entre les richesses et son véritable bonheur, d'être artiste. L'analogie a ses limites, mais on pourrait dire que, pour Jésus et ses disciples, la vraie oeuvre d'art est la vie elle-même. Les richesses sont bonnes, elles contribuent beaucoup au bonheur humain. On peut souhaiter devenir un peu riche. Mais comment ? On a un choix dans la vie. Si on a de la chance, on peut devenir riche en volant, en mentant, peut-être en tuant ; on peut garder ses richesses en étant aveugle aux besoins des autres. Ces actions vicieuses peuvent vraiment contribuer au bonheur de quelqu'un. Si on contemple un criminel qui a réussi dans la vie, qui est riche et puissant, on peut se dire qu'on aimerait avoir son argent et vivre comme lui, entouré de tous les signes du succès. Mais quand on dit qu'on aimerait vivre comme lui, cela n'inclut pas le fait de voler, de mentir, d'exploiter, d'assassiner. On voudrait bien avoir ce qu'il a, mais on veut pas être le type de personne qu'il est ; on ce sens, on ne voudrait pas vivre comme il vit. Un tel homme n'est pas l'homme modèle. Etre comme cela, vivre comme cela, est rater la vie, quel que soit le profit qu'on en tire. Si on vit ainsi, même si on gagne le monde entier, on perd son âme. Dans un sens profond, ce criminel est misérable, même s'il est très content d'être comme il est. En le contemplant, on contemple une vie déformée ; quand il se regarde dans le miroir, il regarde une vie laide, déformée et ratée, même s'il ne peut plus le voir, même si son image lui fait plaisir. S'il faut devenir comme lui pour être riche, mieux vaut rester pauvre. S'il faut être comme lui pour bien manger, mieux vaut avoir faim. D'autre part, personne ne veut être persécuté, même pour la justice ; être persécuté ne rend pas heureux. Mais on peut être, vivre, comme ceux que l'on persécute. S'il faut rater la vie pour éviter la persécution, mieux vaut être persécuté.

Le bonheur dont parle Jésus est le bonheur de voir ce qui est vraiment humain et de pouvoir faire le bon choix, le choix de vivre humainement, de na pas rater la vie, même si ce choix entraîne le malheur, même s'il entraîne beaucoup de souffrance, même s'il entraîne la mort. Les saints que nous célébrons aujourd'hui sont ceux qui ont réussi dans la vie par la grâce de Dieu, tout en se livrant, comme Jésus, à la mort ou en souffrant la pauvreté, la solitude, la faim, la persécution. C'est pourquoi nous pouvons les appeler, comme Jésus les appelle, heureux.

Dimanche de Pâques

Auteur: Cochinaux Philippe
Temps liturgique: Temps de Pâques
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Jn 20, 1-9

 

Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur, conclut l'évangéliste Marc. Mais si elles n'ont rien dit, comment le savons-nous aujourd'hui. Voilà encore un secret bien gardé. De vraies commères de village. Sauf si nous acceptons qu'un secret est quelque chose que l'on ne raconte qu'à une seule personne à la fois. Concept tout à fait immoral, il va sans dire. Pourtant, elles ne dirent rien prétend Marc. Mission impossible. Qui d'entre nous serait véritablement capable de tenir sa langue face à un tel événement. Celui qui, depuis vendredi porte le nom de Crucifié, dorénavant peut se nommer, se proclamer Ressuscité. La résurrection, un événement qui a de quoi secouer l'ensemble de la planète.

Une chose est sans doute certaine, c'est que si Jésus, le Christ, n'était pas ressuscité, il y a peu de chance que nous en parlerions encore aujourd'hui. Nous ne serions sans doute pas ici ce soir ou encore chaque dimanche à la célébrer, à le remercier. Cet événement s'est-il réellement produit peuvent se demander certains ? La meilleure preuve que nous ayons est notre présence, signe d'une Eglise qui de par le monde entier vit depuis des années.

Avec la résurrection, nous touchons le coeur même de notre foi et de notre espérance en une vie éternelle. La résurrection est d'abord le signe de la mort de la mort. Cette dernière n'est plus une fin en elle-même, le terminus obligé de toute vie terrestre. Grâce à cet événement, nous croyons que nous avons commencé un chemin d'humanité qui durera de toute éternité. Que la mort, n'est qu'un passage obligé qui nous ouvrira vers le bonheur sans fin, telle peut être notre conviction de foi en ce ressuscité. Attardons nous quelques instants devant cet homme-Dieu, incarné, crucifié et ce soir ressuscité.

L'histoire du tombeau vide nous rappelle que Jésus n'est pas de l'ordre du souvenir, d'une parcelle de vie à garder dans notre mémoire. Il est d'abord et toujours cette présence. Comme le rappelait, il y a 15 jours Stéphane, les souvenirs font partie du passé. Ils risquent de nous enfermer dans une certaine nostalgie d'un temps à jamais révolu alors que la présence de Jésus, sa résurrection sont pour nous signes d'un projet d'avenir, d'un futur toujours possible à construire. Nous n'aurons sans doute pas assez de notre vie terrestre pour accomplir notre chemin d'humanité. Alors la résurrection nous invite à ne pas nous inquiéter, et à croire que nous avons toute l'éternité pour nous réaliser. Pas besoin de plusieurs vies pour y arriver, une seule nous suffit, celle qui nous a été donnée, celle qui continuera en présence visible du ressuscité.

Pâques que nous fêtons nous rappelle alors avant tout que Jésus n'est pas un personnage d'un livre, d'une bande dessinée ou d'un film mais est une présence vivante au coeur de chacune et chacun d'entre nous. Contrairement à ce que certains romanciers estiment, ce n'est pas suffisant d'étudier, de tenter de saisir l'histoire de Jésus comme n'importe quel autre personnage historique. Découvrir et étudier le Jésus historique est la première étape de notre démarche de foi mais elle n'aura de sens que si elle aboutit à une véritable rencontre. Le Christ devient ainsi le lieu même de la rencontre de Dieu. L'évangile nous invite à ne pas nous enfermer dans une connaissance de Jésus mais de véritablement partir à sa rencontre. C'est là toute la nuance entre connaître quelqu'un et le rencontrer. Toutes et tous nous connaissons tel personnage connu, le président des Etats-Unis mais très peu d'entre nous les ont vraiment rencontrés. La connaissance peut être de l'ordre du livresque, du théorique alors que la rencontre véritable est quelque chose de dynamique, de vivant. Si nous partons à la recherche d'un savoir sur le Christ sans désirer le rencontrer, nous passons alors tout simplement à côté de l'événement de la résurrection, de cette foi qui susurre au plus profond de nous-mêmes qu'il est vivant à jamais et qu'il nous offre les portes d'un paradis éternel.

Pâques devient pour nous ce soir l'histoire de cette rencontre sensationnelle, de ce projet que les mots ne peuvent préciser davantage. Pâques est la fête de la vie qui renaît au delà de toute incompréhension. Puisions-nous ce soir encore et chaque jour, nous laisser saisir par toutes ces nouvelles merveilles qui s'offrent à nous. Elles sont là, omniprésentes. A nous de nous arrêter pour les découvrir, les saisir et en vivre à jamais. Bonne fête de Pâques.

Amen.

 

33e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

Le passage de l'évangile de Marc que nous venons de lire, se situe au terme du ministère public de Jésus, avant les récits de la passion et de la résurrection. Dans un langage apocalyptique, en usage en son temps, Jésus donne à ses apôtres les signes avant coureurs de l'événement pascal, moment décisif où le monde change. En effet, le monde de la première alliance, celui de la loi mosaïque va disparaître pour faire place à l'avènement du salut définitif, manifesté en Christ, mort et ressuscité. Par sa mort et sa résurrection, Jésus fait entrer tous les humains dans une nouvelle Alliance avec Dieu, dans un nouveau mode de relations de l'humanité avec son Père. C'est la fin des temps, qui commence au Calvaire et ne s'achèvera qu'à la fin du monde. La glorification du Fils de l'homme va bientôt débuter par sa mort sur la croix. Cette glorification ne sera pleinement achevée qu'au moment, ignoré de tous mais connu de Dieu seul, moment où le Christ remettra son oeuvre accomplie dans les mains du Père. C'est dans cette perspective qu'il nous faut lire dans les évangiles, les discours eschatologiques, qui parlent de la fin des temps.

Dans les années 70 de notre ère, au moment où Marc écrit son évangile, la ville de Jérusalem et le Temple viennent d'être détruits par le romain Titus. Le discours de Jésus rapporté par l'évangéliste, répond d'abord à la question posée par les disciples : "Quand cela arrivera-t-il ?" alors que le Maître vient de se lamenter sur le sort de Jérusalem. Marc semble associer les deux : l'ultime bouleversement cosmique précédant la manifestation du Fils de l'homme à la fin du monde et la ruine de cité sainte. Comment alors interpréter aujourd'hui l'évangile de ce jour ?

Jésus avait dit : "Après une terrible détresse, le soleil et la lune perdront de leur éclat et les étoiles tomberont" Et je me suis demandé s'il ne rejoignait pas ces devins et ces extralucides qui pullulent aujourd'hui et qui prétendent avoir des relations spéciales avec l'au-delà- ces prophètes de malheur qui s'amusent à faire peur. Je me suis demandé s'il ne rejoignait pas ces membres des sectes qui viennent à nos portes pour nous annoncer la fin du monde et tenter de nous convertir. Et quoi de plus tentant que de confier son sort à toutes sortes de gourous, quand on tremble tellement en pensant à l'avenir incertain, à la montée de la violence, aux menaces toujours croissantes sur l'environnement.

Peut-être conviendrait-il aussi de tempérer un peu notre fascination pour l'an 2000 ! Certes à toute époque, l'homme s'est fixé des repères dans le temps. Nous aimons les dates-clés. Sur la tour Eiffel à Paris l'on peut voir le décompte des jours jusqu'à l'an 2000. Bien sûr, il y a le jubilé. Mais les scientifiques nous disent que Jésus n'est pas né en l'an 0, mais probablement en l'an-4. Alors faut-il tomber dans cette manie qui focalisent l'attention sur des dates, des échéances et des ultimatums ? Comme dit le psaume : "Pour Dieu, nulle ans sont comme un jour et un jour vaut nulle ans".

Il avait ajouté : "Alors on verra les Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance". Et je me suis demandé s'il allait, lui aussi, chercher à nous faire peur en brandissant le jugement dernier comme une sorte de menace. Suivant le principe que la crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse. Dans un monde difficile, il suffirait d'attendre, sans faire trop de bêtises et d'être toujours prêts, afin de garder l'espoir d'être de ceux qui seront admis dans le ciel.

Heureusement, il avait ajouté : "Que la comparaison du figuier vous instruise. Quand les branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, c'est que l'été est proche". Voilà bien un message positif Et j'ai observé alors les signes d'aujourd'hui, ceux qui me font découvrir qu'il est là, présent, tout proche de moi, ceux qui me permettent de voir son règne grandir et progresser ! Et j'ai expérimenté dans la réflexion de foi, dans la prière et le recueillement qu'Il était toujours là à mes côtés, pour partager mes joies, mais aussi pour m'aider dans les peines et les difficultés et m'entraîner sur des chemins de dépassements. Et j'ai vu autour de moi ceux qui luttent pour que les petits deviennent grands et les grands tout petits, ceux qui cherchent à donner les places d'honneur aux pauvres et aux exclus. Et je me suis dis que le Fils de l'homme était proche, à notre porte. Aurions-nous peur d'un monde nouveau qui naît ?

19e dimanche ordinaire, année B

Auteur: Delavie Bruno
Temps liturgique: Temps ordinaire
Année liturgique : B
Année: 1996-1997

'Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi. " Cette parole de Jésus dans l'évangile éclaire le sens de notre foi. Elle fait comprendre ce que "croire" veut dire aujourd'hui pour nous, ce que cela signifie d'être croyants.

En effet, pour affirmer notre foi, nous ne disons pas seulement : "Je crois que Dieu existe". Nous disons : "Je crois en Dieu, le Père". Qu'est-ce que donc que croire en quelqu'un ?

Le petit enfant qui se jette dans les bras de ses parents avec une confiance éperdue, ne dit pas et Je crois en toi, papa ou maman", mais il nous montre que croire en quelqu'un est un élan d'amour, un don de soi sans retenue, un abandon à la tendresse de l'autre. Et les amoureux ne disent sans doute pas : "Je crois en toi, chéri", mais ils nous assurent que sans l'autre leur vie perdrait son sens, sa joie et sa lumière, que sans l'autre ils ne seraient plus rien.

Croire en Dieu, c'est donc vivre cet élan d'amour confiant, sûr qu'il nous attire à lui avec tendresse, c'est lui dire "Que serais-je sans toi ?" Mais ce n'est évidemment pas facile de faire confiance à une personne que l'on ne voit pas. Dieu, personne ne l'a jamais vu. Personne parmi nous ne connaît ni son visage, ni sa mimique. Tout au plus pouvons-nous percevoir sa présence à travers la grandeur de l'univers et la beauté de la nature. Mais personne ne l'a jamais rencontré au coin d'une rue. Jésus d'ailleurs nous l'affirme :'personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu".

C'est sans doute un peu plus facile de croire en Jésus de Nazareth, parce qu'il est un homme comme nous. Nous savons qu'il a existé, il y a deux mille ans... Mais "croire en lui", lui faire totalement confiance alors qu'Il n'est plus là. Ce n'est pas non plus très évident. Nous savons qu'il a vécu et qu'il est mort à Jérusalem un certain vendredi. Les savants historiens peuvent même aujourd'hui en préciser la date : le 14 du mois de nisan, ou le 7 avril 30 de notre ère. Ses disciples et après eux les premiers chrétiens ont affirmé qu'il s'est réveillé, qu'il s'est relevé de la mort, qu'fl est ressuscité, qu'il est vivant d'une autre manière près de Dieu et les évangélistes nous ont parlé de lui, comme d'une personne vivante après sa mort, au moins par son esprit.. "Croire en lui", c'est donc penser qu'fl est maintenant près de Dieu et lui faire confiance, c'est vivre un élan d'amour en sa personne. C'est être convaincu que cet homme admirable dont on nous parle, fut, comme il le dit lui-même, "le pain qui est descendu du ciel", "le pain de la vie" c'est-à-dire le pain qui fait vivre de la vie même de Dieu.

Mais comment cet homme, fils de Joseph, dont le père et la mère sont connus des juifs, comment cet homme peux-il réclamer la foi en lui, en sa personne, comme on donnerait sa foi à Dieu si l'on croit en lui ? Ses auditeurs, en effet, récriminèrent : "comment peut-il dire : je suis descendu du ciel ? N'est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. " Ces doutes vis à vis de sa personne et de ses dires ne sont pas nouveaux. Déjà les hébreux dans le désert avaient murmuré contre Dieu. Les juifs à Capharnaüm protestèrent contre Jésus qui leur semblait se donner un rôle important dans leurs relations avec l'Eternel. C'est une même attitude de réserve voire de refus devant l'aspect déroutant de l'intervention divine. Comment est-ce alors possible de croire en Jésus ?

"Personne ne peut venir à moi, nous dit-il, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi" La foi et la confiance en Jésus de Nazareth ne vient pas toute seule. En ce sens elle est un don de Dieu lui-même. Ce n'est qu'en se laissant instruire par Dieu au plus profond de soi, en se laissant guider par l'élan de confiance qui nous fait dire "Je crois en Dieu le Père" que nous pouvons ajouter : "Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur". Si bien que croire, c'est non seulement dire à Jésus « je crois en toi », mais aussi dire au Père : "Je crois, Père, que tu m'attires vers toi en m'attirant vers ton Fils, pain de vie".

Reconnaître Jésus comme pain de vie, c'est affirmer qu'il nous est nécessaire comme le pain, nourriture de base, indispensable, parce queue assure notre croissance et notre maintient dans la vie, dans l'existence. C'est la personne même de Jésus de Nazareth qui est un don d'amour que Dieu fait à l'humanité. Et ce don divin, personne ne peut le recevoir sans l'assistance même de celui qui le donne. 'Personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle." Redisons ici que dans l'évangile de Jean, la vie éternelle n'est pas uniquement la vie après la mort ou la vie eschatologique c'est-à-dire celle qui continue au delà de la fin des temps. La vie éternelle est la vie d'union à Jésus dès cette terre et sans limite, au delà du temps...

Les pères, au désert, ont mangé la manne. Ils n'ont pas échappé à la mort pour autant. Elie, découragé et demandant la mort, est invité par un messager divin à se lever, à se réveiller, à se relever et à manger un pain, venu du ciel et qui donnera force pour la route. Jésus lui, qui s'est relevé de la mort est ce vrai pain de vie, parce qu'il est lui-même "vivant" de la vie de Dieu. 'Je suis le pain vivant descendu du ciel, celui qui mange de ce pain vivra éternellement. " Avant même de parler du pain eucharistique, la personne de Jésus est elle-même pain de vie, pain nécessaire et indispensable. Ses paroles, son enseignement et son exemple, tout son comportement humain est vie qui vient de Dieu. Y adhérer dans la confiance est le sens même de notre foi chrétienne.

Veillée pascale

Auteur: Moore Gareth
Temps liturgique: Triduum pascal
Année liturgique : A, B, C
Année: 1996-1997

Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé, pourquoi s'enfuient-elles du tombeau, de quoi ont-elles peur, cette peur qui les rend silencieuses, de sorte qu'elles ne disent rien à personne ?

Pour nous, cette nuit est une nuit joyeuse, parce qu'elle marque le début de Pâques, où nous célébrons la résurrection de Jésus, qui nous donne la vie. Mais pour elles, ce premier matin de Pâques n'était pas un moment de joie.

Ce n'est pas difficile à comprendre. Imaginez-vous que quelqu'un que vous aimez, et qui est mort, ressuscite. Est-ce que ce serait de la joie pure ? Je ne le crois pas. La mort est un aspect douloureux de notre vie, qui nous touchera tous, et qui touchera aussi, ou a déjà touché, tous ceux que nous aimons et qui nous aiment. C'est douloureux, mais c'est aussi certain. La mort est la chose la plus certaine et la plus définitive de notre vie. Personne n'y échappe, et personne n'y survit. La mort est vieille, nous la connaissons. La mort est inscrite dans notre nature, dans la nature qui nous entoure, et dans notre vision du monde. Elle est inscrite aussi dans la mentalité de ces femmes qui arrivent au tombeau. Pour elles, comme pour nous, la mort va de soi ; c'est pourquoi elles viennent au tombeau avec leurs parfums embaumer Jésus, pour compléter les rites de la mort, pour affirmer la mort certaine du crucifié. Il n'est pas question de croire qu'il soit redevenu vivant. Mais, il est ressuscité, leur dit l'homme vêtu en blanc, il n'est plus mort. L'impossible est arrivé. Cela ébranle toute certitude, cela bouleverse l'ordre des choses. Tous les repères anciens sont perdus, on est émerveillé, mais aussi désorienté, choqué, bouleversé, et cela fait peur. Autrement dit, on est confronté ici, au milieu du monde naturel, au milieu de la nature dans laquelle nous vivons et qui nous ordonne aussi la mort, avec quelque chose qui dépasse la nature, et le surnaturel, le divin, fait trembler.

Après la fin de l'évangile, la peur des femmes cédera à la joie, à une bonne nouvelle qu'elles annonceront à leurs amis et puis au monde ; c'est pourquoi l'Eglise est là aujourd'hui. La bonne nouvelle de la résurrection est de nous montrer que nous ne sommes pas enfermés dans la nature, dans la mort, dans le vieux ; dans le Christ, il y a quelque chose de neuf, il y a la vie qui se renouvelle. Mais si la résurrection est quelque chose de joyeux, cette joie n'est pas une joie naturelle, qui fasse partie de l'ordre naturel des choses ; c'est une joie qui a à son centre un choc, le fait que l'impossible est, par impossible, arrivé, que la mort, qui est inéluctable et définitive, n'est pourtant pas définitive, que la vie, si courte, si fragile, a triomphé.

Si la résurrection du Christ ne nous choque pas comme elle a choqué les femmes au tombeau, si elle ne nous ébranle pas, c'est peut-être parce que nous la contemplons en sécurité, à distance, à travers les siècles. Et nous l'avons inscrite dans le normal, dans le naturel. C'est devenu quelque chose d'habituel. Nous l'annonçons et la célébrons tous les ans, même tous les dimanches. Nous avons peut-être oublié que ce que nous célébrons est impossible. Mais il l'est, et c'est pourquoi il vaut la peine de le célebrer. C'est incroyable, et c'est pourquoi il vaut la peine de le croire ; c'est choquant, et c'est pourquoi on le fête. Et on le fête encore maintenant parce que le renouvellement et la vie qu'ammène le Christ par sa résurrection nous touche à travers les siècles. A cause de la résurrection, nous ne sommes pas enfermés dans le vieux, dans la mort, dans ce que la Bible appelle le péché. Nous aussi pouvons être renouvelés, en nous ouvrant à la vie du Christ, à la vie que nous avons reçue lors de notre baptême. C'est pourquoi nous allons maintenant renouveler notre ouverture à la vie divine en renouvelant notre profession de foi baptismale

Adrien Candiard : A Philémon

Marcel Braekers : Meister Eckhart